C'est véritablement Carol Reed à son sommet qu'il y avait derrière la caméra où sa technique prodigieuse fait des merveilles. On pense à l'expressionnisme vu le soin apporté à chaque cadrage, à chaque décor et à chaque éclairage. Peuplée d'une galerie de personnages insolites, cette oeuvre, marquée dès les premières images par le sceau de la fatalité, est à la limite de l'onirisme, ce qui rend encore plus brutale l'apparition du réalisme, compensant largement le suspense, très présent tout de même, perdu ainsi par une certaine profondeur philosophique. Entouré d'un casting sans fausse note, James Mason est (comme à son habitude aurait-on envie de dire!) parfait apportant son immense talent et présence à cette oeuvre grave, intelligente et marquante.
Synopsis: Johnny McQueen, dirigeant d'une organisation clandestine irlandaise (IRA) est blessé et tue un homme lors d'un hold up visant à remplir les caisses de l'oragnisation. S'en suit une course contre la montre, la police traquant le coupable, ses amis cherchant à le retrouver tandis que Johnny s'affaiblit progressivement... A mon avis, un des meilleurs films de tous les temps... Ce qui est le plus frappant est la poésie, la mélancolie qui s'en dégage (le film visant plus à être un bilan métaphysique et une recherche sur le comportement humain qu'un film à suspens) : tout d'abord par le jeu des acteurs: James Mason est plus que touchant dans le rôle de Johnny, il est dur de pas avoir le ventre noué en le voyant s'affaiblir progressivement tandis qu'il devient un jouet à la merci des réactions des autres; le désespoir est tellement parlant dans ses yeux... Il est secondé avec brio par Kathleen Ryan dans le rôle de la femme amoureuse, Robert Newton dans celui d'un peintre fou et alcoolique avec mention spéciale pour F.J. McCormick qui fait penser aux moineaux même qu'il élève et à Denis O'Dea dans le rôle de l'inspecteur sur les traces de Johnny (il apporte une dimension trouble aux 2 scenes avec Kathleen, poussant à se demander s'il n'éprouve pas une certaine attirance pour elle???). Du côté image le film est en lui même une vraie oeuvre d'art, que cela soit aux niveaux des cadrages, des décors ou de l'atmosphère (transformation du temps qui rend compte de l'évolution du film: soleil, pluie puis neige) et le noir et blanc sert magnifiquement cette perspective. Enfin la musique de William Alwyn appuie la dimension émotionelle du film, surtout pour le thème de Johnny qui laisse entendre à l'avance son destin...