Œuvre dérangeante, "Les Lois de l’attraction" dresse un portrait brutal de la jeunesse américaine des années 90-2000. Une génération cultivée mais vide, cynique et désorientée, où la philosophie postmoderne (héritière de Marx, Nietzsche et Freud) semble avoir réduit l’existence à une mécanique matérielle, sans transcendance.
Avary filme une jeunesse émancipée de la morale. L'instinct domine la raison, les professeurs se font prédateurs pavés d'idéaux révolutionnaire et libérateurs, pour assouvir leurs pulsions. Même le consentement est traité comme un vestige d'une morale superflue..
Dans ce chaos de sexe, de drogue et de violence, tout lien humain est pulvérisé. L’amour, lorsqu’il surgit, est aussitôt brisé, broyé par le consumérisme des corps et des sentiments. Le film, dadaïste dans sa forme, met en scène la pulsion de mort et la dépression comme horizon d’une génération en perdition.
Mais ce qui frappe, au-delà de la noirceur du propos, c’est la mise en scène d’une inventivité redoutable. Roger Avary joue des retours en arrière comme d’autant de fractures dans le récit : des remontées étranges, angoissantes, qui donnent le sentiment de remonter une trajectoire vers le contraire du sens, vers le néant. Ce procédé, brillant, traduit visuellement la pulsion de mort qui irrigue tout le film.
Et puis il y a la fin, magistrale : dans la neige, de nuit, l'ambiance est noire et glaciale comme le propos du film. Le personnage le plus “nietzschéen”, Sean, tout entier tourné vers l’exercice de sa puissance, sans construire, sans penser à son avenir, esquivant une ultime fois son lien amoureux avec Laureen, s'engager sur la route avec sa moto, fonce dans le brouillard sans but, et conclue le film en finissant sa phrase par : « tout ce à quoi je pense, c’est… » avant d’être brutalement interrompu par un cut au noir. Le réalisateur laisse la parole au spectateur pour achever le propos du film : la mort, l’absence, la fin, le vide : rarement un film aura trouvé une conclusion aussi puissante et innovante.
Un film inoubliable, où chaque intention de mise en scène renforce l’impression de chute inexorable vers le néant. Un miroir du post modernisme.