Solaris, 1971, film de Andreï Tarkovski. Solaris, trente ans plus tard et une heure de moins, film de Steven Soderbergh. J'ai vu les deux et j'ai été amené à en faire le parallèle, mais il est peu visible en pratique au-delà du fait que l'ambiance et le rythme sont à peu près les mêmes. Mais force est de constater que la version russe donne au moins l'impression d'être dans l'espace. Soderbergh, lui, n'essaye même pas ; la Terre et le vaisseau orbitant la planète Solaris sont deux boîtes de conserve que rien ne relie ; le voyage interplanétaire est résumé à un insert avec une jolie musique et une jolie image, mais on ne sait pas encore qu'on aura maintes occasions de les réentendre et revoir respectivement.
En fait, il n'y a aucune dimension, pas même chez les personnages. Faisons-en le tour ; un George Clooney tout mou, un acteur secondaire à l'aise dans son rôle de lunatique plat comme une raie (et je ne parle pas de celle de la star qu'on met là pour les midinettes), une autre actrice secondaire qui se complaît dans ses lignes aussi autoritaires que sans fondations, et une planète intelligente dont on passe et repasse le joli portrait parce que, quand même, on y a passé 90% du budget "effets spéciaux" et elle est bien pratique pour boucher les blancs, avec ses violets. Évidemment, le George Clooney molasson se jettera immédiatement dans le problème, qu'il comprendra tout de suite, parce que même avec James Cameron à la production, le temps est limité.
Le film ne trouve ses bons côtés qu'à travers la griffe Soderbergh. Si on ose dire que Solaris a trouvé son réalisateur du fait que l'ambiance est quand même spéciale, presque kubrique, alors le réalisateur a trouvé le bon compositeur. Il n'y a vraiment que deux musiques dans le film, mais elles valent le coup d'être réutilisées, parce qu'elles sont belles et donnent un joli relief aux émotions - si tant est qu'elles ne se chargent pas toutes seules de les créer, étant donnée l'anémie du casting en-dehors du moment où Clooney pousse un "damn it" choqué).
Ensuite, la mise en abyme gagne à ne pas être aussi énigmatique qu'avec l'opus soviétique, d'autant que Soderbergh laisse tout juste la dose de mystère nécessaire pour qu'on se pose les bonnes questions : qu'est-ce qui vaut mieux, le souvenir d'un amour perdu, ou son facsimilé dans la réalité ? La réponse est évidente pour le spectateur libre de cette attache, mais que se passe-t-il au juste dans l'esprit de ces personnages ? Puisque leurs expressions ne nous donneront pas le moindre indice, ces questions restent et alimentent quelque peu notre intérêt pour l'œuvre. Finalement, le haché du montage et de la musique finiront de nous mettre dans un bain relativement agréable.
Bref, du Soderbergh marqué et minimaliste, pas méchant dans le fond mais ennuyeux pour pas grand-chose. On préférerait une superproduction de ce même scénario, et la version de Tarkovski reste la meilleure.
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