Une comédie surprenante que l’on pourrait prendre au premier degré : un jeune homme dilettante, charmeur et séducteur qui nous fait l’éloge de la paresse et de la débrouillardise sans devoir travailler, mais l’ensemble est très réussi, et beaucoup plus profond. D’une certaine manière le film annonce le « révolutionnaire » et sulfureux « L’ An 01 » de Gébé de 1973, dans la vague de mai 68. Ici bien avant le mouvement, mais l’annonçant, en 1964, De Broca nous vante la paresse avec beaucoup de d’humour à contre- temps du credo Gaullien de l’époque : du travail et de la famille comme pilier de la société bourgeoise. Un ton sarcastique, un humour féroce, mais une élégance, une classe, vraiment du pur De Broca. Il y a un côté « anarchiste individualiste » de la belle époque et l’on pense à tous les héros de Octave Mirbeau, ou aussi au « Voleur » de Georges Darien .
Bien sûr le film doit beaucoup au grand talent de Jean- Pierre Cassel , quel classe, quel naturel, formidable, il est de chaque plan du film et nous régale. La qualité de l’image, des éclairages, chaque plan est soigné et Cassel comme plus tard dans l ‘l’homme de Rio » avec JPB, fait déjà de nombreux voyages : Rome est magnifiquement filmée, en plans réels dans les rues, Paris , London , Cassel déambule au gré de ses nouvelles conquêtes . Et comment ne pas mentionner la sublime Catherine Deneuve, d’une beauté diaphane, virginale, mais déjà diabolique, si bien filmée, 1 an après « les parapluies de Cherbourg ». Les dernières quinze minutes nous inquiètent et l’on se dit que De Broca ne saura pas finir sa farce , et tombera dans le conformisme, et puis d’un double twist surprenant et il nous « désembarque » de son beau voyage , Magnifique et irrévérencieux . Un très beau film qui mérite d’être redécouvert.