L'immense Sacha Guitry rend dans ce film hommage au mime Deburau, déjà immortalisé par Jean-Louis Barrault dans "Les Enfants du Paradis", et en profite pour faire un éloge au spectacle et à la transmission. Le Guitry que je préfère c'est celui qui raconte une histoire entièrement fictive ("Le Roman d'un tricheur" et "La Poison" sont pour moi ses très grands sommets !!!) où cinématographiquement parlant il est très créatif, et beaucoup moins celui qui raconte l'Histoire à sa manière (j'ai beaucoup aimé tout de même "Le Diable boiteux" qui rend hommage à un Talleyrand injustement détesté par la postérité, et un peu "Si Versailles m'était conté" !!!), bien que la qualité prodigieuse du dialogue inhérente à cet artiste soit toujours présente. Disons que Guitry, s'appuyant trop, dans ses œuvres souffrant de ce défaut, sur ses dialogues et pas du tout sur la créativité cinématographique, provoque souvent dans ce genre de film l'ennui. "Deburau" fait malheureusement partie de ceux-là.
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3,5
Publiée le 25 avril 2014
On sait que « Deburau » avait ètè un grand mime des annèes 1830, qu'un des auteurs-acteurs les plus bavards du siècle, Sacha Guitry, puisse incarner un mime, ça peut paraître bizarre! Oui, mais c'est Guitry! « Imagine un très grand silence. On vient de lever le rideau. Un silence absolu, complet, qu'on entendrait voler un imprèsario ! » Un homme qui a ècrit ça ne peut pas se taire! Rien à voir avec le personnage de Jean-Louis Barrault dans "Les enfants du paradis", celui de Guitry est èvidemment un « Deburau » très diffèrent, beaucoup plus à sa main, plus èmouvant surtout, d'autant que l'âge de Guitry donne une rèsonnance grave à son rôle! On sent qu'il pense à l'avenir, la transmission de son art, c'est d'ailleurs une partie du sujet! Guitry est entourè de ses acteurs familiers comme Jeanne Fusier-Gir et n'a fait que quelques coupes dans le texte! En revanche, pour l'anecdote, la pièce a ètè entièrement censurèe au Quèbec, l'annèe d'après (en 1952), et pour motif d'adultère! A l'èpoque ça volait bas, la bêtise aussi! On s'intèresse ici à chaque mot de Guitry qu'on savoure jusqu'à plus soif! Mais Michel François (voix française de James Dean et de Ricky Nelson dans "Rio Bravo") en fils « Deburau » montre son vèritable talent d'acteur dans un final poignant où le mèlodrame l'emporte sur la comèdie! Le spectateur a le sentiment que Guitry se confie directement à lui, pour lui dèlivrer son dernier message sur le mètier de mime (et d'acteur de thèâtre). Et ça c’est un grand moment de cinèma...
Le paradoxe veut que dans cette évocation biographique du pantomime Jean-Gaspard Deburau, on retrouve tout le talent oratoire de Sacha Guitry, dont la personnalité et l'esprit submergent jusqu'à son personnage et s'approprient Deburau, le créateur du Pierrot moderne, comme il s'est approprié (ou confisqué...) Talleyrand ou Pasteur. L'amour du théatre et du métier d'acteur que professe Deburau n'est ni plus ni moins que celui de Sacha Guitry, toujours aussi prompt à ressusciter les grands anciens. Et cette biographie prend des airs d'autobiographie, voire de testament artistique tant l'auteur y laisse de lui-même et de postulats personnels. Mais dans cette pièce de théatre filmée, alimentée par des textes en vers et en rimes plutôt inspirés, aucun des personnages n'existe véritablement, aucun n'intéresse réellement, hors la présence de l'ogre Guitry à l'écran.
Un film plutôt réussi qui offre à Guitry le moyen d'asséner quelques vérités et bons mots bien ajustés sur le sens de la vie. Certes, cette pièce montée pour le grand écran manque quelque peu de consistance pour véritablement convaincre, mais il se dégage de ce film un incontestable charme due à la qualité exceptionnelle des dialogues.
Adapté de sa pièce éponyme (1918) en 4 actes et un prologue, où le réalisateur jouait déjà le rôle-titre et qu’il reprendra la même année que son film, il ne s’agit pas vraiment d’une biographie du célèbre mime Jean-Gaspard Deburau (1796-1846), immortalisé par Jean-Louis Barrault dans « Les enfants du paradis » (1945) de Marcel Carné (1906-1996) et qui jouait Pierrot au théâtre des Funambules dans la pantomime « Marrrchand d’habits » (1842) d’Antoine-Emmanuel Cot d’Ordan. C’est d’abord, grâce à des dialogues en vers libres, une ode au théâtre et aux comédiens que déclame Sacha Guitry, sous couvert d’un mime (sic), ainsi que sur la transmission familiale d’une passion professionnelle. C’est inférieur à son film « Le comédien » (1947), à la gloire de son père Lucien et du métier de comédien, car on voit peu Deburau jouer (au début et à la fin), une bonne partie du film étant consacrée aux déboires conjugaux du mime. Bref, du théâtre de boulevard, d’autant que, comme à son habitude, Sacha Guitry fait jouer son épouse (5e et dernière) du moment, Lana Marconi (33 ans) dans le rôle de Marie Duplessis (1824-1847) et qui inspira à Alexandre Dumas fils (1824-1895) le personnage de Marguerite Gautier de « La dame aux camélias » (1848). C’est sa première femme, Yvonne Printemps (1894-1977) qui interprétait le rôle en 1918. Comme souvent chez Guitry, le générique est constitué par une présentation filmée des acteurs et des techniciens du film.
Auteur de la pièce de théâtre Deburau, Sacha Guitry en tint le rôle-titre au théâtre du Vaudeville en 1918 puis reprit sur les planches cette même pièce au théâtre du Gymnase au mitan du siècle dernier. C’est lors de cette reprise que vint à l’homme de théâtre devenu aussi metteur en scène au cinéma d’adapter sa propre pièce au grand écran. La formule à double succès du théâtre est reprise pour le 7ème art, Guitry y endosse ainsi à nouveau le rôle-titre, celui de Jean-Gaspard Deburau (1796-1846), mime... ici très loquace. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com/2021/01/07/deburau/
Pour les inconditionnels de Guitry (il y en a que pour lui) et du théatre filmé à l'ancienne, l'histoire n'est pas d'un intérêt énorme juste l'occasion pour Guitry de livrer quelques avis sur la vie.