Il serait réducteur et passer totalement à côté de ce film, présenté en CO Cannes 1969 ( il repartira la corbeille vide ) considéré comme le chef d'oeuvre de Giuseppe Patroni (1969 ), d'y voir un nième film érotique soft, vaguement intello sulfureux.
C'est pourtant ainsi qu'il fut accueilli à sa sortie et fut un objet de scandale. Il fait l'objet d'une ressortie en salle.
Réalisé quelques mois après mai 1968, Patroni donne à voir le portrait d'un groupe de bourgeois italiens, qui se manipulent, se trompent dans un enchevêtrement psychologique marécageux, névrotique saupoudré d'intellectualisme frelaté.
Portrait peu flatteur d'une certaine intelligentsia, narcissique, tournée sur elle-même et dont la substance humaine ne les situe pas au même rayon, que celui où la hiérarchie sociale les a placés.
À leur côté, le personnage de révolté, marginal velléitaire est montré comme avalé et récupéré par la bourgeoisie et le système qu'il se proposait de détruire.
La participation musicale, formidable, signée Morricone, fait office de mélodie hypnotique, ( peut-être ? ) image de la déconnexion du réel et de l'opacité que tous les personnages manifestent à l'égard d'eux-mêmes.
Quelques mots sur l'actrice féminine principale, la brésilienne, Florinda Bolkan. Ancienne hôtesse de l'air, elle est connue pour avoir été pendant plusieurs décennies la maîtresse d'une des plus importantes productrices italiennes de cinéma, avant de devenir dans une seconde vie celle de la sœur cadette de Luchino Visconti.
Sa beauté, son magnétisme et son charme exceptionnels sont au service d'une présence absolument remarquable à l'écran. Malheureusement pour le spectateur sa filmographie sera d'un standard moins relevé.
On la retrouve toutefois chez Elio Petri ( " Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon" ) et dans une scène d'anthologie de " le mouton enragé" de Michel Deville, ou son apparition à l'écran fait instantanément monter la température de dix degrés.
Un régal absolu : le casting franco-italien, les décors, les costumes, les dialogues ciselés, et la musique sublime d’Ennio Morricone. Un must des 60’s !