Sueurs froides
Revu au cinéma, deux ans après le premier visionnage, il était temps de retrouver l'un des films les moins mis en avant dans la si grande filmographie de Martin Scorsese, Les Nerfs à vif , afin de s'en faire peut-être une meilleure opinion.
La première fois que je l'ai vu, ça ne m'avait pas vraiment marqué, je n'étais jamais vraiment rentré dedans mais je ne savais plus pourquoi. En revoyant, le film ce soir, je m'en suis rappelé pourquoi. Il faut dire que le film a un rythme de dingo qui peut déstabiliser assez vite, tout s'enchaîne à la vitesse de la lumière. Scorsese s'amuse dans la mise en scène avec des effets à gogo (crash zoom, des très rapides travelling avant...). On ne peut pas retirer son talent de metteur en scène mais là c'était un peu too much, trop c'est trop, je ne trouve pas que cela puisse matcher avec le genre du récit qui est un thriller psychologique.
Un thriller où l'on reconnaît assez vite l'influence hitchcockienne avec la musique de Hermann, compositeur attitré du maître du suspens, qui a été réarrangé pour le film. Il y a même des fonds unis de couleurs qui popent parfois pouvant nous rappeler un certain Vertigo . On est constamment dans la tête, dans la psychologie des personnages avec l'utilisation quasi-exclusive de longue focale. Ce qui intéresse ici Scorsese c'est l'humain et rien d'autre.
Une séquence formidable qui a très certainement changé mon avis sur le film, c'est la séquence dans le théâtre où Danielle et Max se rencontrent en chair et en os pour la première fois. Alors jusqu'à maintenant Scorsese nous avait imposé un rythme infernale où toutes les scènes s'enchaînaient sans cesse avec une musique angoissante en fond.
Là, c'est tout le contraire, la séquence dure plusieurs minutes, aucun bruit sauf bien entendu le dialogue entre les deux personnages où Max tente de séduire la jeune Danielle. C'est juste un champ contre champ alors au début chaque plan réunit les deux personnages, il y a un début de séduction. Puis quand Danielle se rend compte que cet individu n'est pas son prof d'art dramatique mais bien la personne qui harcèle son père depuis plusieurs jours, à partir de là les deux personnages restent chacun dans un cadre diffèrent, une distance s'établit entre eux, Danny seule au milieu du cadre en pleine phase de doute tandis que Max se tient droite cadre pour laisser la place à gauche à une probable arrivée et donc séduction de Danielle. On peut noter sur ce même plan une ouverture lumineuse pour coïncider avec cette opération séduction de la part de Max qui veut apparaître comme une bonne personne. Lorsque l'opération est réussie on retrouve les deux personnages dans le même cadre. Ainsi, Scorsese quand il fait des choses simples également c'est un génie et c'est peut-être là qu'il est encore plus fort, chaque place, chaque déplacement d'un des personnages ou du décor n'est jamais dû au hasard. En tout cas, c'est une scène extrêmement terrifiante et qui diffère très largement de tout ce qu'on a pu voir du film jusqu'à maintenant.
Ensuite, on évoquait le montage et là aussi c'est très fort sur les moments de tension notamment. Je pense immédiatement à la scène du ratage du passage à tabac de Max. Sam se cachant pour voir ce massacre et qui est à deux doigts de se faire repérer par Max, pof montage bien plus qu'efficace pour faire monter la tension, les nerfs du spectateur sont au max, on a peur pour Sam mais je ne vais pas spoiler pour celles et ceux qui n'ont pas vu le film ahahaha.
Enfin, il y a la fin qui est certes spectaculaire mais on revient un peu à ce que je disais au début, c'est peut-être un peu trop et donc j'y crois moyen à ce qu'il se passe. En tout cas, j'ai trouvé qu'il y avait une petite référence à l'Étrange créature du lac de Jack Arnold. De Niro qui ressemble à cette créature invincible qui ressort des eaux totalement défiguré avec une musique en arrière plan qui rappelle légèrement le film d'Arnold.
Le casting est super, il n'y a rien à dire. De Niro terrifiant, la famille avec Nick Holte, Jessica Lange et Juliette Lewis sont formidables également.
Bref, ce n'est pas mon Scorsese préféré mais ça m'a fait du bien de le revoir et bien entendu sur grand écran c'est autre chose, c'est merveilleux, ce qui m'a permis d'avoir ainsi une meilleure opinion dessus.