S’attaquer au remake d’un grand film noir des années 1960 relève du défi, voire du pari audacieux. L’avantage, c’est de partir d’une histoire déjà éprouvée, solide et captivante. Reste alors à la réinventer : moderniser le scénario, repenser la mise en scène et exploiter les nouvelles technologies pour lui insuffler une seconde vie. Le choix de transposer l’intrigue dans le présent, comme l’avait fait l’original en son temps, s’avère judicieux. Cette actualisation permet notamment d’approfondir la relation avec la jeune fille, abordée ici avec un regard contemporain avec plus de perversité, loin du conservatisme des années 1960. Le résultat est plus réaliste, plus osé, et ouvre des perspectives que le film initial ne pouvait explorer.
Pourtant, force est de constater que l’original surpasse ce remake sur bien des points. À commencer par le jeu des acteurs principaux, souvent trop appuyé, voire caricatural. Robert De Niro, par exemple, incarne un méchant aux grimaces et au surjeu parfois excessifs. Certes, il en devient terrifiant, mais moins par la profondeur de son interprétation que par son manque de subtilité. Sa nomination aux Oscars pour ce rôle m’a d’ailleurs surprise : comparé à Robert Mitchum, parfait dans la version originale, le contraste est frappant. Nick Nolte, en père dépassé, s’en sort mieux : crédible, il reste cependant trop stéréotypé, et son personnage semble faible face à celui, plus digne et charismatique, de Gregory Peck dans le film de 1962. On pourrait invoquer l’écart de trente ans entre les deux versions, et l’évolution des comportements sociaux, mais cela n’efface pas totalement cette impression de caricature.
Au final, ce remake reste un bon film, porté par une intrigue forte et une réalisation soignée. Pourtant, il laisse un goût d’inachevé, comme si le potentiel n’avait pas été pleinement exploité. Et, inévitablement, il ne parvient pas à égaler l’original.