Sylvie et le Fantôme
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anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 8 mars 2009
Le film est prenant, bien que d’une facture désuète. L’histoire est belle et émouvante ; elle est surtout très riche au niveau symbolique.

Les fantômes qui rôdent dans le vieux château représentent l’amour. Il y a d’un côté un vrai fantôme, l’amour en tant que notion pure et abstraite, et d’un autre côté, trois faux fantômes, qui sont l’amour tel qu’il se manifeste concrètement dans la vie réelle

- Le « vrai » fantôme est celui du chasseur blanc, qui aimait la grand-mère de Sylvie, personnage féminin central du film. Il identifie l’amour pur, abstrait, désincarné. Il aimerait qu’on le voie mais ne parvient pas à se matérialiser, il arrive simplement à donner quelques signes indirects de son existence qui ne suffisent généralement pas à convaincre. Les enfants et les adultes n’y croient pas, ou, du moins, affirment tous ne pas croire en son existence. Pourtant, ils en ont peur, et cela trahit qu’ils ne sont pas si sûrs de sa non existence.
Seule l’actrice principale, âgée de 16 ans, ce qui la place entre le groupe des enfants et celui des adultes, croit en lui et le recherche ; mais elle finit cependant par douter de son existence, après avoir vu plusieurs faux fantômes.

- Les trois « faux » fantômes dans le film personnifient l’amour tel qu’il existe dans la vie réelle. Deux d’entre eux sont des amours authentiques, qui s’opposent par leur nature « bonne » et « mauvaise ». Le troisième est un amour factice, un rôle de composition donné avec une fatuité ridicule. Les amours authentiques sont en concurrence et ne sont pas tous payés de retour. De plus, le système social les rend parfois impossibles. En conséquence, l’un deux doit finalement partir (pour Sylvie) ou mourir (pour sa grand-mère).

Il y a une analogie entre les trois faux fantômes du château et les trois hommes de la vie de la grand-mère (son premier mari, son amant, puis son nouveau mari), sauf que les destins de Sylvie et de sa grand-mère seront différents, car ce ne sont pas les mêmes types
Yasujirô Rilke
Yasujirô Rilke

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1,0
Publiée le 3 janvier 2009
Au sortir de l’Occupation française, Claude Autant-Lara, que l’Histoire a déterminé comme collaborateur au régime de Pétain, réalise «Sylvie et le fantôme» (France, 1945). La poésie du film, aux accents «cocteauesques» (le producteur du film, André Paulvé, est aussi celui de Cocteau), dans laquelle Jacques Tati prête sa figure longiligne pour incarner un fantôme muet mais éloquent de sentiments voile la vérité d’un pays, la France, abattu de honte par la collaboration et prestigieux de gloire grâce à la Résistance. Pendant que l’Italie, en la personne de Rossellini, invente le cinéma moderne avec «Roma città aperta», Autant-Lara se perd dans les méandres du lyrisme. Une fois ce constat établi, «Sylvie et le fantôme» apparaît comme une jolie œuvre de poésie. Sylvie, interprétée avec la délicatesse joviale d’Odette Joyeux, fête ses seize ans et cultive un amour pour l’ancêtre romantique de la famille, Alain de Francigny dont le portrait trône au sommet du manoir. En perte de richesse, le père d’Odette est contraint de vendre le tableau et de se déposséder progressivement des biens familiers. Dans ce manoir prestigieux, face à cette famille aristocratique que les changements historiques viennent à démunir, Autant-Lara traite de l’amour d’une jeune fille (porteuse d’avenir ainsi qu’elle nous est présentée face à un auditoire d’enfants) avec un fantôme (indice d’un passé révolue et qui s’égraine au présent). Cette amour de la fille pour le fantôme du passé sous-tend un rapport envieux de l’avenir au passé, autrement dit défend une démarche passéiste. Et la ruée finale des paysans locaux dans les salles du manoir ne suffit pas à déterminer «Sylvie et le fantôme» comme une œuvre progressiste, porteuse d’un changement et donc d’une nouvelle idée de l’art. Totalement désengagée du présent, comme peuvent l’être a priori les chefs-d’œuvre Cocteau, ce film de la Libération ne porte aucune germe d’avenir mais contient la douceur des belles fantaisies.
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