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cyclo86
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4,5
Publiée le 28 février 2014
"Larmes de joie" de Mario Monicelli, était totalement inconnu, car jamais sorti en France. C'est la fameuse comédie italienne dans toute sa splendeur : une petite figurante de péplum, Tourterelle (Anna Magnani), et un acteur raté qui survit de petites escroqueries à l'assurance, Umberto, (Totò, le Buster Keaton italien), se retrouvent dans la nuit romaine de la Saint-Sylvestre, où ils sont associés pour leur malheur à un pickpocket, Lello (Ben Gazzara, oui, celui qui deviendra l'acteur fétiche de Cassavetes). Les péripéties, d'après une nouvelle de Moravia, font osciller le film entre de purs moments de comédie (les fêtards qui cherchent désespérément une quatorzième personne pour leur table, afin de n'être pas treize à table) et une chronique à la Chaplin de la misère humaine et sociale. Car tout va rater magnifiquement, si on peut dire, Tourterelle n'ayant pas été mise au courant des magouilles miteuses où Lello et Umberto l'entraînent malgré elle, et c'est elle qui fera tout échouer. L'art de la comédie italienne (comme chez Molière) est que les auteurs aiment leurs personnages, en particulier Monicelli, un habitué des héros pitoyables (revoir "Le pigeon", ou "La Grande Guerre", plus tard les deux "Brancaleone" ou "Mes chers amis"). L'illusion nocturne ponctuée de rêves improbables va se dissiper au petit jour, comme dans "Les lumières de la ville" de Chaplin.
A l'image de "La dolce vita" ou des "Nuits blanches", autres célèbres films de virée nocturne datant de la même époque, "Risate di gioia" a tendance à partir à vau-l'eau. L'errance de ces trois paumés ne mène nulle part, et ne fait que mettre en relief le vide tragique de leur existence, dans une société où la fête ne sert qu'à masquer la perte des repères (cf. le vol final du collier de la Vierge). Personnellement, je ne suis pas trop fan de ces histoires à la dérive, et "Risate di gioia" n'est certainement pas passionnant de bout en bout. Heureusement, il y a un duo de comédiens de tout premier plan: Anna Magnani et son inimitable gouaille romaine, Toto et son faciès de clown triste napolitain. Scènes d'engueulade dignes d'un vieux couple, duo chanté hilarant: ces deux-là portent tout le film et ne sont jamais à court d'idée, dans un esprit très commedia dell'arte. En comparaison, le voleur beau gosse campé par Ben Gazzara fait bien pâle figure. Par contre, quelle vie à l'arrière-plan! Bouillonnement des scènes de foule, personnage délirant du Ricain bourré, la bande de fêtards qui laisse tomber Magnani, la rue où les habitants jettent leurs vieux meubles par la fenêtre, la soirée chez la haute société allemande... un kaléidoscope de la société romaine, filmé avec énergie et intelligence par Mario Monicelli, également servi par une somptueuse photo noir et blanc. C'est parfois inabouti, parfois réjouissant, jamais sans valeur. C'est un témoignage (parmi beaucoup d'autres) de la santé éclatante du cinéma italien en ces années-là.
Les films comiques, contrairement à ce que l'on croit, sont tout aussi difficiles à réussir que les films dramatiques. De nombreuses exigences entrent en jeu. Le film de Mario Monicelli réussit le tour de force d'être subtil, très drôle et intéressant d'un bout à l'autre. Deux comédiens médiocres, lors du réveillon du Nouvel An, progressent dans Rome d'événements en événements, de soirées en soirées, le tout évidemment cocasse ; et même si c'est parfois âpre, le rire est toujours là. Miracolo! Un très bon film, d'après deux nouvelles d'Alberto Moravia - on retrouve, entre autres, aux commandes du scénario, Suso Cecchi d'Amico, qui a travaillé avec les plus grands cinéastes italiens.