Nouveaux russes et nouveaux riches, oligarques et mafia: ces termes généraux et un peu vagues qui circulent à propos de la Russie post-soviétique trouvent enfin une illustration explicite (en 2006), voire didactique, dans le film de Pavel Lounguine.
A travers le cas de Platon Makowski, le cinéaste dévoile au non-initié le visage, ou un visage, de l'affairisme russe passé au capitalisme.
L'assassinat de Platon
, richissime patron d'Infocar, ouvre la voie à une série de flashback destinés à baliser le parcours, typique ou non, d'un futur oligarque.
Dans l'URSS finissante, Platon et ses inséparables amis forment un groupe de jeunes gens unis et solidaires, de joyeux drilles anticonformistes manifestant un certain sens du business. C'est le temps de la débrouille et pas encore celui de la corruption et des compromissions. Ces périodes antérieures, qui sont des étapes du récit, rappellent à ce moment le cinéma de Claude Sautet (si, si !) et ses amitiés chaleureuses, sinon toujours harmonieuses. C'est par ces moments de jeunesse et d'insouciance que Lounguine nous fait mesurer plus tard le temps passé et la transformation, comme une gangrène, des personnages en hommes d'affaires austères, fortunés et redoutables.
L'argent et pouvoir corrompent -rien de nouveau- et le cinéaste n'en fait pas une fable. Simplement, la comédie de moeurs se mue en polar financier et criminel à travers lequel Lounguine dénonce la relation, complice ou antagoniste, entre le capitalisme importé et les hautes sphères politiques. Panier de crabes où se délient les amitiés et de se désagrègent les principes.
La démonstration est sans concession, une pierre dans le jardin des nouveaux potentats russes.