Drame, écrit et réalisé par Joël Séria, Marie-Poupée est un film pour le moins atypique. L'histoire nous fait suivre Marie, une jeune femme qui fait la rencontre de Claude, un homme tenant une boutique de poupées anciennes et qui est lui-même collectionneur de ces jouets en porcelaine. Très rapidement, ils tombent amoureux l'un de l'autre et se marient. Mais le soir des noces, Claude propose un jeu à sa jeune épouse. Il met alors en application un scénario dans lequel Marie devient une poupée vivante de taille réelle. Ce scénario s'avère intrigant à visionner pendant toute sa durée d'une heure et quarante-cinq minutes. Hélas, ce synopsis prometteur sur le papier n'est pas aussi bien exécuté dans les faits, bien qu'il reste intéressant. En effet, le récit commence de façon limpide en ne perdant pas de temps à se mettre en place afin de nous faire profiter le plus tôt possible de son sujet principal. Et celui-ci est vraiment tout aussi déroutant que captivant avec cette relation entre un fétichiste des poupées et cette femme-enfant et objet qui se laisse entrainer avec joie dans ce jeu malsain. Seulement, au fil des minutes, le métrage s'éloigne petit à petit de cette thématique. On aurait grandement aimé qu'il aille encore plus loin dans le sordide et le dérangeant. Mais il n'en est hélas rien, l'intrigue n'exploitant pas son concept à son plein potentiel. Pour autant, de nombreuses scènes sont marquantes par leur teneur charnelle et leur ambiance froide et perverse. L'ensemble est porté par des personnages ambigus, interprétés par une belle distribution comprenant Jeanne Goupil qui se met à nue malgré ses nombreuses tenues, André Dussollier en fétichiste, Andréa Ferréol, Bernard Fresson, François Perrot, Marie Mergey, Marius Laurey ou encore Fanny Ardant. Tous ces rôles entretiennent des rapports mettant mal à l'aise face à la beauté juvénile de la marionnette vivante. Des échanges soutenus par des dialogues de bonne facture. Sur la forme, la réalisation du cinéaste français s'avère assez quelconque. Sa mise en scène est avant tout là pour servir son propos et évolue dans des environnements assez restreints. Ce visuel sans plus-value esthétique est accompagné par une b.o. très en retrait. Ses notes sont appréciables mais se font très peu entendre. Elles laissent la plupart du temps place au silence et aux bruits naturels environnants, renforçant ainsi l'atmosphère corruptrice. Reste une fin malheureusement bâclée et beaucoup trop abrupte alors que son idée de conclusion est pourtant franchement bonne mais mal amenée et appliquée. En conclusion, Marie-Poupée est un long-métrage méritant le coup d'œil malgré ses quelques tares qui n'enlèvent en rien le fait que c'est une œuvre hautement marquante.