Jurassic World – Le retour des dinos, du fric, et des scénaristes sous morphine
Colin Trevorrow reprend les commandes d’un bus déjà lancé à pleine vitesse... et plutôt que de changer de route, il fout un aileron et un pare-buffle dessus. Résultat ? On reprend Jurassic Park à la virgule près, mais avec des écrans tactiles, des Segway et un monstre génétique qu’on croirait échappé d’un Power Rangers.
On nous vend le "progrès" comme si un T-Rex croisé avec un crocodile ninja allait rendre le film plus intelligent. Spoiler : non. Mais bon, faut comprendre Universal : faire peur avec des dinosaures normaux, c’est so 1993. Aujourd’hui, faut des hybrides avec des bras bioniques, une vision thermique et un abonnement Tinder.
Chris Pratt, c’est un peu le Tony Montana des enclos à raptors. Le mec surgit, torse bombé, blague en coin, regard de mâle alpha, et soudain, il te dresse quatre raptors comme s’il apprenait à des pitbulls à réciter Baudelaire.
Owen Grady, c’est Indiana Jones qui aurait maté trop de Fast & Furious : il roule, il tire, il fait des poses viriles, et il fait même du moto-cross entre deux attaques de vélociraptors. À ce niveau, c’est plus un dresseur, c’est le Jésus de l’éthologie militaire.
Sauf que même avec tout son charisme, il peut pas combler un script qui aligne les clichés comme un gosse alignerait des Pokémon sur une étagère IKEA.
Bryce Dallas Howard joue la meuf froide et carriériste qui découvre soudainement qu’avoir deux enfants dans un parc rempli de dinos mutants, c’est pas forcément une idée brillante.
Sa tenue ? Jupe crayon et talons aiguilles. En pleine jungle. Avec des raptors. Autant dire que Bear Grylls s’est pendu.
Mais attention, c’est pas une victime. Elle court, elle gueule, elle survive. Parce que dans Hollywood, maintenant, l’émancipation féminine passe par la course poursuite en Louboutin. Elle passe du bureau à la jungle comme si elle téléchargeait un patch de compétence sur The Sims.
Le clou du film, c’est cette horreur de synthèse nommée Indominus Rex. Un mélange improbable entre T-Rex, raptor, camouflage Predator, cerveau de sociopathe et appétit de Jean Lassalle au Salon de l’Agriculture.
Ce machin-là bute tout, comprend tout, planifie tout. On attendait qu’il pirate la Wi-Fi du parc et commande une pizza.
C’est pas un dinosaure. C’est un boss final de jeu vidéo. Et bien sûr, il s’échappe parce que les ingénieurs ont foutu un bouton d’ouverture à côté du bouton café. Bravo. Darwin les salue.
On prend le pitch du premier, on le refait, mais en plus gros, plus rapide, plus numérique, plus débile. Des enfants perdus ? Check. Une attaque surprise ? Check. Un militaire véreux ? Check. Le final avec le T-Rex qui sauve les gentils ? Check.
C’est comme un menu Big Mac : tu sais exactement ce que tu vas bouffer. Est-ce que c’est bon ? Bah ouais, c’est du fast-food. Ça remplit le bide, ça claque, mais t’auras oublié la moitié avant même le générique de fin.
Par contre, visuellement, c’est du porno pour rétine. Les bestioles sont bien animées, les effets sont là, ça hurle, ça saigne, ça explose. T’as l’impression que Michael Bay a fait un bébé avec Spielberg et qu’ils l’ont élevé dans un parc d’attractions sous stéroïdes.
Jurassic World, c’est comme un enfant qui rejoue une symphonie avec un clavier Bontempi. C’est bruyant, c’est répétitif, c’est pas fin, mais ça te fait taper du pied quand même.
Oui, c’est bourré de clichés. Oui, les persos sont écrits avec une spatule. Oui, le scénario est plus prévisible qu’une grève SNCF. Mais bordel, ça fonctionne. Parce qu’au fond, on est tous des gamins de six ans qui veulent voir des dinosaures bouffer des touristes.
Alors même si le film a la subtilité d’un Godzilla sous coke, on en redemande.
Moralité : mieux vaut encore flipper devant un raptor que s’emmerder devant un débat Arte sur la reproduction du scarabée nain d’Amazonie.
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