L'Ange exterminateur
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Nadir.F
Nadir.F

1 abonné 28 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 3 janvier 2026
Mon second Buñuel après Belle de jour, deux films qui n’ont absolument rien à voir. Ici, on a affaire à un très grand film, intelligent, où toutes les scènes sont réfléchies et pensées pour faire écho à d’autres beaucoup plus tard dans le récit. Rien n’est laissé au hasard : le moindre dialogue, le moindre plan signifie — ou signifiera — quelque chose.

C’est du grand cinéma, porté par une mise en scène brillante.

L’histoire d’un groupe d’amis bourgeois incapables de sortir d’une pièce peut sembler absurde au premier regard, mais elle se révèle philosophiquement très riche, avec des références bibliques évidentes, mais aussi franc-maçonnes, sociologiques et comportementales.

On peut aussi apercevoir un drapeau blanc, cité comme jaune dans le film, mais qui ressemble davantage à un drapeau blanc d’armistice ou de capitulation. Ce drapeau est planté devant une grande demeure bourgeoise, puis devant une église. Dans les deux cas, les personnes ne peuvent pas en sortir ou trouvent des excuses pour ne pas le faire, en fermant les yeux sur ce qui se passe dans le pays.

Ensuite, à la fin, spoiler: on voit la police et l’armée tirer sur le peuple dans la rue.

C’est, selon moi, une critique évidente de la dictature franquiste : selon le réalisateur, la bourgeoisie et l’Église ont capitulé et se sont laissées enfermer toutes les deux dans leurs cercles, dans leurs classes ou communautés, en fermant les yeux sur le monde extérieur et sur la société espagnole.

J’ai néanmoins quelques réserves concernant ce film, ce qui fait qu’il n’est pas, selon moi, un chef-d’œuvre.
Certaines incohérences semblent contredire la logique interne du récit, par exemple : spoiler: le majordome peut… sortir de la pièce pour aller chercher du café le matin. Donc, après la scène qu’ils reproduiront à la fin, cela leur permettra de sortir. En réalité, nous ne savons pas vraiment ce qui a déclenché cette « malédiction » ou ce sort.
Et aussi, dans une scène au début du film, dans la cuisine, on peut apercevoir la perche de son en bas, près de la table. Cela m’étonnerait que ce soit volontaire.

Mis à part cela, c’est un film profond et intelligent, absolument à voir, et très original et novateur pour l’époque (1961).
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 29 octobre 2013
L’ange exterminateur est un très bon film du virtuose Luis Bunuel. Ici il étudie comme aurait pu le faire un auteur naturaliste les réactions de toute une classe sociale, dans ce huit clos la bourgeoisie. Il y incorpore brillamment du nihilisme dans cette superbe expérience sociale ou tous les repères spatiaux temporels sont bouleversés.
Marc Sillard
Marc Sillard

8 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 14 mars 2026
Tout groupe humain avec ses codes sociaux peut avoir un comportement grégaire. Ici ce sont des bourgeois mexicains, qui présentent quelques analogies avec les bourgeois français du "charme discret de la bourgeoisie" mais avec de notables différences. Les français sont nettement moins raides et compassés que ces mexicains. Il est clair que Bunuel porte un regard critique sur les uns et sur les autres. Aurait-il fait le même film à propos d'un pique-nique populaire ? D'un point de vue cinématographique le film est beau, assez long et répétitif, sombre et oppressant. Le plus intéressant c'est l'idée de base typiquement bunuelienne qui le sous-tend : l'impossibilité psychologique des protagonistes à s'extraire de leur inhibition collective qui les cloue à demeure chez leur hôte. Bunuel a eu l'habileté de pimenter son récit d'à côtés distrayants : la fuite du personnel que l'on ne voit rappliquer qu'à la fin, les deux initiés qui échangent des signes de reconnaissance puis les noms de leurs clubs, l'idylle de l'architecte dragueur avec son agréable conquête, l'image de l'ange exterminateur peint sur la porte d'un cagibi largement utilisé, le majordome confident qui ressemble à Gary Cooper, la main baladeuse qu'un femme terrorisée tente d'écraser au passage, l'enfant que les familles à l'extérieur envoient en éclaireur mais qui se dérobe, l'ours noir et les moutons de Panurge, etc... La messe de la fin ressemble plus à une messe des morts, ou d'hommage à un mort, qu'à une messe d'action de grâce. Il faut reconnaître à Bunuel une bonne connaissance de la liturgie catholique. L'échauffourée militaire de la fin est peut-être une allusion à la répression des Cristeros par les autorités politiques mexicaines. Film à voir.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 29 septembre 2006
Les premières images déroutent. Esquissés par un maître, les personnages se mettent en place. Puis, par touches discrètes, l'"inquitétante étrangeté" s'installe. Critique acerbe de la bourgeoisie décadente engoncée dans ses faux-semblants et ses simulacres de foi, le film possède une force de dévastation impressionante. Par un jeu iréel et des situations extrèmes, Bunuel parvient à exacerber la violence de la nature humaine, en impliquant le spectateur qui se laisse embarquer par cette histoire folle. Assurément un grand film.
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