En deux long métrages, Jan Němec s'est imposé comme une figure phare de la Nouvelle Vague tchécoslovaque. Les Diamants de la nuit était un grand film halluciné sur la Shoah, une sorte de thriller survivaliste d'auteur.
La Fête est les invités est radicalement différent. Les cadrages y sont beaucoup plus soignés et figés, renforçant l'impression d'artificialité et de malaise. Surtout, le propos y est plus élaboré et cérébral : il s'agit d'une fable grinçante sur le totalitarisme.
Le film peut être divisé en 3 parties : le picnic d'une demie douzaine d'adultes banals, avec des conversations frivoles ; ces mêmes personnages pris au piège d'un jeu malaisant par le mystérieux Rudolf (génial Jan Klusák), fils adoptif de "l'hôte", vrai tyran en puissance ; et enfin la fameuse fête, présidée par "l'hôte", qui est tout aussi tyrannique que son fils adoptif.
Chaque partie comporte son lot de situations gênantes, même si les deux dernières sont particulièrement incommodantes. Le cinéma de la Nouvelle Vague tchécoslovaque usait souvent de l'impression de malaise, pour mieux matérialiser l'horreur quotidienne de vivre dans une société totalitaire. La Fête et les invités est un sommet du genre, qui s'imprime durablement dans la mémoire du spectateur.
Les dialogues et les situations sont très inspirés, et profondément ironiques et mordants. Le film s'en prend violemment au régime communiste de l'époque, mais par des moyens détournés, par des métaphores et des sous-entendus. Néanmoins la fable est assez limpide, et le pouvoir, sans forcément tout comprendre de ce film, ne s'y trompera pas. Il sera censuré, et la carrière de Jan Němec sera brisée...
Il s'exilera après l'invasion soviétique de 1968, il ne retournera en République Tchèque qu'en 1990, après la Révolution de Velours. Lui qui semblait promis à un avenir brillant n'aura réalisé qu'une douzaine de longs métrages durant toute sa carrière...