Georges Valandray est un riche métallurgiste, très occupé par son métier et persuadé en amour que les femmes restent à jamais folles de leur mari dès lors que c'est celui-ci qui les a déflorées : l'empreinte du Mâle ! Le petit monde naïf de Georges risque d'être ébranlé par l'arrivée dans sa vie professionnelle de Eric Thompson, homme d'affaires américain, qui fut jadis l'époux de Gilberte, la femme de Georges, ce dernier bien entendu ne sachant rien de cette liaison puisque seules Gilberte (de facto) et sa soeur Arlette sont au parfum.
Nous devons être être honnêtes avec vous : nous n'avions déjà pas aimé On connaît la chanson. Peut-être parce que nous n'étions pas très habitués aux films sonores français, mais aussi et surtout parce que l'engagement des acteurs ne semblait pas tant enflammé que leurs cousins outre-atlantiques en de pareilles opportunités. Nous avions l'impression d'une pâle tentative à la frenchie.
Pas sur la bouche est un peu différent. La première réticence à évacuer est la communication faite autour du film ; comme à son habitude, Resnais refuse que la bande-annonce contienne des images du film et c'est à André Dussolier, absent du film, que revient la charge nombriliste de présenter les acteurs (présents) du film. On crée une sorte d'envie chez le potentiel spectateur... comme le ferait une marque de sodas ou de téléphonie. Et puis il y a les panneaux publicitaires, passage obligatoire pour des millions d'innocents qui chaque jour voient leur espace visuel polluer par toutes sortes de messages, alors même quand la marque est le cinéma français, on demande et redemande de la clémence aux annonceurs : pitié, faites la grève, changez de métier et arrêtez la propagande.
Fi de ces structurelles abjections, le film démarre telle une pièce de boulevard avec présentation des comédiennes et comédiens : on nous prévient, ce sera un film " sonore, parlant et chantant ". La photo et les intérieurs très kitsch sont à l'image des relations de l'époque : frivoles.
C'est une pièce jouée la première fois à Paris en 1925 que Resnais tente de remettre au goût du jour. Il redistribue judicieusement les rôles (Tautou, Nanty, Prevost, Cowl...) et multiplie les hommages (Guitry...). Les plans séquences pour les scènes chantées sont de véritables performances techniques et artistiques. Malheureusement, le crescendo attendu souffre d'un pesant ralentissement à la moitié du film et toute la bonne volonté ne suffit pas à contenir quelques bâillements.
On se rappelle que James Ivory a pris la tasse avec Le Divorce parce qu'il considère peut-être la France comme il la filme : bourgeoise et condescendante. Pas sur la bouche, au-delà du mérite d'explorer ce genre de cinéma et convenu des contraintes d'adapter une pièce pour le cinéma, reste ronflant et faussement accessible : les habitués des pièces de boulevard auront leur compte d'amants dans le placard, les amoureux de comédies musicales fonceront droit dans leur cinémathèque reprendre une bonne infusion de Chantons sous la pluie à leur retour, quant aux cinéphiles, ils attendront le prochain film sonore et chantant pour se rassasier.