Quoique auréolé d'un Oscar du meilleur film étranger en 1963, le film ne fit pas grand bruit à l’époque de sa sortie, le sujet traité étant encore un tabou ultime, au point que la plupart se refusaient à imaginer que la pédophilie puisse même avoir une réalité concrète au-delà des racontars de quelques esprits tortueux ou traumatisés. On le constate très bien dans une des scènes de la fin du film quand on entend la réaction hypocrite d’un de ceux qui s’interrogent sur le couple bizarre que forment tous les dimanches Hardy Krüger et la jeune « orpheline ». Le film prend plus de sens aujourd’hui et il nous fait mieux comprendre, alors que les affaires se multiplient, pourquoi les comportements déviants ont toujours été tenus secrets aussi bien par les individus que par les institutions. Serge Bourguignon, cinéaste rare est suffisamment nuancé dans son propos pour nous faire toucher du doigt la difficulté d’appréhension de ce problème délicat. Ces deux-là malgré la différence d’âge ont tout qui les rapproche notamment un immense sentiment d’abandon doublé d'une perte d’identité. Cet homme sans passé, joué par un Hardy Krüger magnifique, s'illusionne en imaginant qu’en se replongeant dans le monde de l’enfance il n’aura plus à poursuivre cette lutte vaine et sans merci pour retrouver son identité, point d’ancrage obligé pour se faire à nouveau une place parmi les adultes . Les intentions ont beau être innocentes, l’ancien aviateur ne pourra faire le chemin à rebours car la petite adolescente qui sommeille dans le corps de Cybèle dite Françoise a bien compris l’ordre des choses et finit par troubler les sens de son compagnon de jeu dominical. S’il laisse au final le libre arbitre au spectateur, Bourguignon semble bien lui montrer que ce type de relation est un exercice à haut risque car ne pouvant jamais se dérouler sur un pied d’égalité; il conduit souvent à la confusion des genres suivi immanquablement de l’irréparable. Porté par des acteurs magnifiques, notamment une jeune actrice, Patricia Gozzi,, troublante de vérité, le film offre un regard original dans son approche d’un problème douloureux de la vie en société
Très, très beau film mais vraiment déprimant. Après cela on a besoin d'une bonne comédie, mais je comprends le succès mondial de ce chef-d'oeuvre même si moi j'aurait préféré une fin un peu plus gaie. Enfin Pierre meurt en réalisant le rêve de sa chère Cybèle ce qui donne un point positif à cette bien belle histoire. Je ne connaissais pas du tous ce film que j'ai regardé en suivant les liens de la comédienne Nicole Courcel...
Un sombre et déchirant chef d'oeuvre méconnu et/ou ignore. Un film a certains égards précurseur. Magnifiquement interprète, avec rigueur et justesse ( Harry Kruger est inoubliable ).Une oeuvre dure, difficile, poignante.
J'ai découvert ce film que j'avais tant rêvé découvrir en 1962. J'ai été littéralement transportée dans un voyage onirique d'une beauté inouïe. Un moment de grâce dans le cinéma! Au fait où se trouve-t-on? Aux confins du surréalisme, du conte, de la tragédie? Photos immortelles de Cybèle et de Pierre. Allez boire à la source des "Dimanches de Ville d'Avray", soûlez-vous de pureté!
La qualité de la mise en scène n’excuse pas tout. J'ai découvert ce film par hasard, intéressée par le pitch. L'amitié entre un militaire et une petite fille ça aurait pu donner qqch de drôle, ou de philosophique... sauf que c'est tout le contraire !! C'est u film qui tente plutôt d'expliquer pourquoi l'amour avec des enfants c'est mieux...Après avoir été traumatisé par la guerre, le bonhomme a besoin de se doper à l'innocence, cela crée une relation malaisante pleine de confusion, proche de la folie ?? Plusieurs scènes m'ont choquée : la fillette qui jure vouloir lui "appartenir " jusqu'à la mort, veut se marier avec lui et rêve qu'il l'embrasse, moi ça me met mal à l'aise, désolée. Et le "héros" est séduit par l'enfant (car oui : c'est l'enfant qui séduit....). Il repousse sa femme qui s'en inquiète. L'ami de son mari lui conseille : "laisse le, il est amoureux d'une fillette, tu comprends rien : l'amour avec un enfant c'est pur, il a besoin de reconstruire son enfance"...Et autres scènes contemplatives : fillette se caressant visage et bouche avec un couteau, puis qui suce le doigt du militaire. Je ne comprend pas toutes ces critiques positives d'un film fait directement l'apologie d'une certaine "ouverture d'esprit". Qu'il soit beau, intellectuel, et récompensé par un oscar...ok....en 62 on était pas sensible aux souffrances des victimes d'abus...Ce genre de "chef d'oeuvre" a probablement contribuer à distiller dans notre inconscient collectif le déni de la gravité d'une telle relation. Et ça passe car ça reste "soft". La qualité n'excuse pas tout, faut faire attention au contenu et à l'éthique de ce qu'on regarde. (Comme pour ce qu'on mange!)