Lorsqu'on évoque Nicolas Cage, on est en droit de se demander quel rapport il peut bien y avoir avec l'une des séquences emblématiques de "Fantasia" mettant en scène un tout aussi célèbre Mickey Mouse. Pourtant, "L'apprenti sorcier" version live trouve réellement son inspiration de ce monument du cinéma d'animation en reprenant son titre, la scène emblématique des balais ainsi que le rôle d'un jeune apprenti dépassé par ses pouvoirs. Mais ce sera tout, car le scénario du film choisit de s'en émanciper afin d'explorer une thématique bien connu des anglophones, celle de la mythologie arthurienne. Tout du moins celle-ci sert de fil rouge pour amorcer l'intrigue en évoquant Merlin et de la conclure avec son antagoniste principal Morgane. "L'apprenti sorcier" se veut donc avant toute chose un grand divertissement fantastique vécu dans notre monde actuel. New-York est ainsi choisi comme cadre de cette folle aventure. La métropole est décidément le lieu préféré des films d'action et d'aventure, sans doute parce que sa proportion démesurée en fait un terrain de jeu idéal et formidable pour tout réalisateur qui se respecte. La magie, le fantastique et la science-fiction sont définitivement indissociables de cette ville dans la culture populaire. Quoi de plus normal que d'assister à la révélation des pouvoirs surnaturels du jeune Dave Stutler en fin de compte ! "L'apprenti sorcier" nous plonge dès les premières minutes dans le fantastique durant les années 2000. La transition immédiate entre réalité et irréel (excellente au demeurant) nous remémore d'ailleurs un autre grand classique du cinéma qu'est "L'histoire sans fin". En quelques minutes, tout le propos du film y est dévoilé : présentation des personnages, but à atteindre et ennemis à affronter ! Dès lors, nous sommes projeté dix ans plus tard où l'on sait que la vie ordinaire du héros va basculer. Le scénario est assez classique : en 740,
l'enchanteur Merlin et deux de ses élèves sorciers, Balthazar Blake et Veronica, affrontent la fée Morgane et un troisième élève de Merlin, Maxim Horvath, qui a trahi son maître au profit de sa pire ennemie. Merlin est tué. Morgane, dans le corps de Veronica, et Horvath sont emprisonnés par magie dans une poupée gigogne. Blake cherche pendant les siècles qui suivent le "premier Merlinien", celui qui aura seul le pouvoir de détruire Morgane. En 2000 à New-York, Dave, un garçon de 10 ans, entre dans une boutique qui semble un bric-à-brac d'antiquités, et qui est en fait le repaire de Balthazar Blake. Celui-ci va éprouver Dave et découvrir qu'il est l'élu. Mais un incident libère Horvath, qui combat Blake. Les deux sorciers sont finalement piégés ensemble dans un vase magique, pour dix ans. En 2010, Dave Stutler est devenu un étudiant en physique qui va devoir faire face à son destin lorsque Horvath, qui veut le tuer et libérer Morgane, et Balthazar, qui lui donne une formation accélérée de sorcellerie, reviennent dans sa vie. Stutler échappe de peu à Horvath grâce à l'intervention inespérée de Balthazar Blake puis ensuite Blake et Stutler partent chercher la poupée gigogne à China Town, où Stutler affronte et vainc un sorcier allié de Horvath dénommé Sun Lok. Stutler décide alors de poursuivre sa formation de sorcier et il s'initie à l'art de la sorcellerie grâce à Blake, pendant que Horvath recrute un sorcier Morganien dénommé Drake Stone. Pendant ce temps'là, Stutler se rapproche également de Becky et lui propose des rendez-vous. Stutler finit par se faire coincer dans les toilettes par Horvath mais finalement Blake lui sauve la mise et lui dévoile toute la vérité sur Morgane, le premier Merlinien et le rôle que Stutler a à jouer dans la destruction de Morgane. Après une séquence inspirée du long-métrage Fantasia où Stutler utilise inconsciemment ses pouvoirs pour faire le ménage et où Blake le tire de ce mauvais pas, Stutler décide d'abandonner et Becky le rejoint sur le haut d'un gratte-ciel et les deux continuent de se rapprocher. Mais Drake se fait passer pour Stutler et abuse Balthazar et finalement Horvath récupère la poupée gigogne. On apprend que dans le passé Horvath était lui aussi amoureux de Veronica, la femme dont Balthazar était amoureux avant qu'elle ne se sacrifie pour le sauver des griffes de Morgane. S'ensuit une course-poursuite en voiture, au cours de laquelle Stutler et Balthazar se font piéger mais ils arrivent à s'en sortir mais ne parviennent pas à récupérer la poupée gigogne. Finalement Horvath capture Becky et tue Drake mais Stutler et Balthazar se pointent dans l'appartement de Drake sans parvenir à arrêter Horvath, mais ils réussissent tout de même à sauver Becky. Finalement Horvath libère Morgane qui lance son sortilège pour ressusciter des morts et lever une armée mais Blake arrive pour les affronter et finalement Stutler arrive après avoir tout révélè à Becky et il engage un duel épique avec Morgane, qu'il finira par vaincre grâce à sa science, puis il réanime Blake qui a failli perdre la vie au cours de l'affrontement. A la fin Blake et Veronica finissent ensemble et on découvre que Horvath, vaincu, s'est enfui. Le film se finit sur Stutler qui finit enfin par sortir avec Becky et les deux se baladent sur l'aigle géant volant en acier que Stutler maîtrise par magie
. Jerry Bruckheimer nous livre dès lors un film d'aventure épique mais de conception classique, où s'enchaînent des séquences de plus en plus impressionnantes, dans la même veine que ses deux précédentes réalisations qu'étaient les deux volets de "Benjamin Gates", mettant déjà en scène Nicolas Cage. Cependant "L'apprenti sorcier" s'avère beaucoup plus divertissant à suivre. L'opposition entre l'anti-héros par excellence qu'est Stutler (Jay Baruchel) et le puissant sorcier Balthazar (Nicolas Cage) offre ainsi une superbe dynamique à l'écran. Les personnages sont très stéréotypés : Becky est la jolie blonde qui ne sert presque uniquement qu'à servie de petite amie à Stutler, Blake est le sorcier sévère mais juste et badass, Horvath est le méchant sorcier impitoyable, traître et jaloux, Drake est le bon pigeon qui finira par se faire avoir, Veronica est la petite amie fidèle à Balthazar prête à tout par amour et enfin Stutler qui est le loser par excellence : socialement inadapté, geek, maladroit, gaffeur, bêta et paumé. Malgré tout, leur opposition quasi-permanente offre une réelle distraction au spectateur, d'autant que peu à peu, leurs idéaux finissent par se rejoindre. Leur motivation de base reste ainsi la même : protéger l'amour de leur vie. Esthétiquement, "L'apprenti sorcier" mélange des univers sans réel rapport entre eux. On y croise ainsi une vieille guimbarde poussiéreuse des années 1930 et les théories sur l'électromagnétisme de Nicolas Teslad datant du XIXe siècle qui côtoient une rock star dans le pur style des années 1980 ainsi que des technologies de télécommunication bien modernes ! C'est presque une farce pourtant entièrement assumée, de fait, cela fonctionne donc parfaitement ! Ce mélange éclectique se retrouve aussi dans la partition musicale du long-métrage : symphonie traditionnelle, grande épopée, chanson teenager (en fait la même répétée plusieurs fois), road movie (uniquement dans le générique de fin !) et même musique électronique. Le rendu global est ainsi déconcertant et défoulant en même temps. Même chose enfin du côté des personnages dont leurs costumes évoquent de nombreuses époques différentes, de la Chine ancienne au laisser-aller résolument moderne. N'ayant finalement qu'un très éloigné lien de parenté avec le poème de Goethe de 1797 qui inspira cent ans plus tard la célèbre musique de Paul Dukas, "L'apprenti sorcier" est un vaste défouloir, voire même un fabuleux film pop-corn entièrement assumé dont l'intrigue se résume à une seule question : mais où est donc cette fichue poupée gigogne ?! On peut le dire tout de suite : on est face à une sorte de sous "Harry Potter". Estampillé Disney, ce film comporte son lot de pouvoirs magiques, de quête initiatique et de personnages hauts en couleurs. D’ailleurs voir apparaître au générique Nicolas Cage et Alfred Molina surprend et on imagine très vite que ces deux acteurs sont là pour encaisser leur chèque et en faire le minimum. Mais ce n’est pas tout à fait vrai. Certes ils cabotinent et ne font pas dans l’excellence, mais leur travail reste respectable pour un film mineur. Les autres acteurs, plus jeunes, sont en revanche plus moyens avec notamment le rôle de Stutler surjoué à l’extrême par Jay Baruchel assez moyen voir médiocre. Pour ce qui est du scénario, on fait en effet dans le très classique : l’apprentissage et tout le tralala qui va avec (en même temps, il y a "Apprenti" dans le titre…). La bonne surprise vient des dialogues légers qui, même s’ils sont relativement logiques et prévisibles, font généralement mouche. De même, la durée et le rythme du film sont bien étudiés et on ne s’ennuie pas spécialement. Par contre, les effets spéciaux ne sont pas surprenants et on a mille fois vu ces rayons de lumière ou ces objets animés. On notera à propos d’objets animés une jolie référence au "Merlin L’Enchanteur" de Disney avec une scène complète. En fin de compte, "L'apprenti sorcier" est un très bon film d'aventure et de fantasy divertissant à souhait qui, à défaut d'être original, remplit ses fonctions au-delà des espérances