Une petite déception pour ce neuvième film du grand Terry Gilliam, décidément bien malchanceux après le tournage chaotique de L'Homme qui tua Don Quichotte. Produit par ces tâcherons de frères Weinstein, son bébé lui est volé des mains et réapproprié par Bob Weinstein. Remplacement d'acteurs, suppression de scènes et même des choix artistiques divergents (Matt Damon devait à l'origine porter un faux nez), on peut dire que Terry Gilliam en a bavé sur un tournage qui n'en finissait plus... Pourtant, le film sort avec presque un an de retard, débarrassé de sa scène la plus onéreuse, avec un montage différent et des droits d'écriture orchestrés par Gilliam himself zappés par le syndicat des scénaristes américains. Car il faut dire que le scénario original du peu glorieux Ehren Kruger (Scream 3, Le Cercle...) n'est pas très folichon en soi, même plutôt classique : nos deux célèbres écrivains de frangins, Jakob le rêveur (Heath Ledger, méconnaissable) et Wilhelm le terre-à-terre (Matt Damon, déjanté), se font passer pour deux chasseurs de fantômes secourant ou plutôt arnaquant des villageois ignorants en les débarrassant de faux monstres qui sont en réalité deux acolytes. Mais lorsqu'ils sont démasqués par un général français (le toujours aussi excellent Jonathan Pryce) et qu'ils doivent sauver un village réellement maudit par une terrible sorcière, l'aventure peut réellement commencer. Et au bout de presque une heure de bobine, il serait temps ! En effet, le long-métrage met un temps fou à concrètement démarrer. Nos froussards de héros, accompagnés par un détestable homme de main italien (Peter Stormare plus excentrique que jamais) et une villageoise téméraire (Lena Headey), partent enfin dans la forêt maudite pour y percer ses secrets, l'un s'émerveillant peu à peu de la magie alentour tandis que l'autre cherche clairement à comprendre un quelconque subterfuge. Cette opposition de caractères n'est pas franchement mise en avant et le film possède son petit lot de défauts tels quelques baisses de rythme parfois éreintantes, quelques personnages sous-exploités (Monica Bellucci, ne faisant finalement ici que quelques apparitions grotesques) et des images de synthèse pour le moins ratées. On le sent bien, le tournage chaotique n'a pas été en la faveur de Terry Gilliam qui arrive néanmoins à imposer sa patte reconnaissable dans cette immense farce fantastique heureusement pleine de rebondissements, d'humour burlesque et de magie enchanteresse... Bref, une semi-déception sauvée par le talent fou d'un réalisateur à jamais sous-estimé.