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Gérard Delteil
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3,5
Publiée le 11 octobre 2014
Tout l'univers de Mc Orlan, auteur très à la mode des années trente aux années cinquante : un fugitif, un port, des marins, une rencontre romantique. Tout cela est assez artificiel, les dialogues sont souvent très littéraires, mais la photo est magnifique et les acteurs jouent juste. Ce film, très daté, a beaucoup de charme malgré ses faiblesses scénaristiques. Il nous donne une idée intéressante de ce qu'on pouvait réaliser et regarder sous l'occupation : du cinéma de divertissement qui fait totalement abstraction du contexte historique. On notera au passage le mépris paternaliste et raciste avec lequel est traité le marin asiatique. Ce qui nous montre de quelle façon on considérait à l'époque les "coloniaux". La fin est aussi très moraliste. Bref, un document sur l'idéologie de l'époque. On notera qu'il est signé par Christian Jacques, dont la carrière n'a pas été interrompue par l'Occupation, qui tourna pour la Continental puis réalisa sans complexe seize ans plus tard, en 1959, après le retour de de Gaulle au pouvoir, un film où Brigitte Bardot devient une héroïne gaulliste de la Résistance (Babette s'en va-t-en guerre.) Voilà un homme qui savait s'adapter à toutes les circonstances...
Film d'une beauté envoutante qui marque une certaine époque du cinéma Français. Les acteurs sont excellents et les dialogus soignés même si on pourra noter quelques répliques volontiers racistes qui ferait bondir aujourd'hui.
Excellentes surprises à tous les niveaux, des acteurs qui jouent justes et assez naturels, un bon scénario, une belle technique. J'aurais mis 5 étoiles mais le passage à l'appartement de Simone Renant n'est pas très heureux sur le plan de l'intrigue comme de la réalisation et pèse aussi sur le jeu des acteurs.
Un trio noir. Une ambiance à la Carné. Le port, la nuit, les trafics. Je regrette un peu le rôle plus ou moins léger de Marais. Il a le rôle du naïf donc forcément il est moins remarquable. Bonne ambiance de film noir français de cette époque.
Evadé de prison, Pierre Gohelle se réfugie dans une ville portuaire, traqué par la police. Auparavant, il a fait la rencontre d'un jeune candide plein aux as, en partance pour l'aventure (Jean Marais). Le drame écrit par Pierre Mac Orlan se déroule le temps de quelques heures, ce qui laisse quand même le temps à Simone Renant d'être amoureuse d'un homme puis d'un autre. Voilà un scénario vite troussé et (trop) facilement troussé. De telle façon que ses artifices dramatiques de film noir et de mélodrame sentimental sont bien visibles. Ils culmineront dans un grossier dénouement, pathétique et symbolique, qui a le bon goût de servir la morale sacrificielle en vogue sous Vichy. Sans doute les auteurs ont-ils voulu s'inspirer des réussites d'avant-guerre dans le registre de la noirceur sociale et sentimentale, tel "Le Quai des brumes " du même Mac Orlan. Mais "Voyage sans espoir" manque de sincérité et de profondeur. Ses personnages sont inaboutis et restent à la surface, comme on voit avec le mauvais garçon joué par Paul Bernard ou ce policier placide (Louis Salou) dont les maximes ne se sont pas aussi spirituelles qu'il le croit et qui, peut-être, voudrait nous rappeler Louis Jouvet. Jean Marais, en dragueur intarissable notamment -qu'on qualifierait aujourd'hui de gros lourd- n'est pas très convaincant. On recueille quelques aphorismes plaisants ("à votre {jeune} âge, on ne devine pas les femmes, on les invente"); on a droit à des commentaires racistes et à une injure misogyne à cause desquelles le film n'a plus aucune chance de passer à la télé! Le film de Christian-Jaque n'est pourtant pas sans ambition, qu'on mesure essentiellement à son décor stylisé en studio, parfois expressionniste, d'une ville dans la nuit.