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Un visiteur
5,0
Publiée le 2 janvier 2010
Très fin comme film, evidemment une réalisation impeccable et de bons acteurs mais surtout un scénario au cordeau et du suspense jusqu'à la dernière minute.
Avant de faire de grandes machineries hollywoodiennes (Tempête à Washington, Le Cardinal), Otto Preminger a réalisé bon nombre de films estimables tels que Laura, Un si doux visage, La Rivière sans retour ou Autopsie d’un meurtre par exemple. On n’en dira pas autant de ce Femme ou maîtresse, tourné en 1947 et qui réunit pourtant au générique Joan Crawford, Dana Andrews et Henry Fonda, tous excellents d’ailleurs. Malheureusement, le scénario est d’une insigne faiblesse et le propos totalement confus. Cette histoire d’adultère agrémenté d’une situation vaudevillesque avec le trio classique femme mari amant est totalement insignifiante et ne retient pas l’attention une seconde. La réalisation de Preminger est tellement banale qu’on a l’impression d’être devant un film de commande… Mais il faut bien gagner sa vie de temps en temps, hein ?
Trop enfermé dans les passions humaines au point de s'en tenir strictement à elles, ‘’femme ou maitresse est un film étouffant’ bien que particulièrement brillant. Rien ne semble compter en dehors des pulsions qui obsèdent les 3 principaux personnages. Pulsions de nature différentes : entre la dépression de Peter, l’inconfort moral permanent de Daisy et l’obsession de Dan voulant réaliser tous ses désirs. C’est bien un film noir par son ambiance ténébreuse et l’absence complète de tout personnage heureux. On ne pourrait pas en voir un comme celui la toutes les semaines mais un, de temps en temps, rappelle que ces situations existent dans la vraie vie. Le coté document est alors utile pour en tirer une expérience personnelle. La fin, imprégnée de morale, alors que jusque là il n’en était pas question, semble indiquer que le code Hays est appliqué. Joan Crawford s’est distinguée en Daisy Kenyon, Dana Andrews est remarquable en avocat brillant. Seul Henry Fonda n’a pas un rôle qui lui convienne, il est un peu trop terne pour justifier l’amour que lui porte Daisy.
Une chose est sûr, c'est que ce long-métrage ne pourra pas faire partie des plus belles oeuvres du cinéaste Otto Preminger. La faute surtout à une histoire mélodramatique bien banale et peu intéressante à suivre. De plus, la mise en scène du réalisateur de "Laura" est assez classique dans son style. Mais fort heureusement grâce à la superbe prestation de son casting, où l'on retrouve notamment Joan Crawford, Henry Fonda ou encore Dana Andrews, mais aussi à une belle partition musicale que l'on doit à David Raksin, on ne passe pas non plus un moment désagréable devant ce film.
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3,0
Publiée le 25 octobre 2012
Otto Preminger, cinèaste de talent, ètait un très habile conteur qui a rèussi dans tous les genres y compris dans le drame psychologique! Preminger ne cherchait à montrer la vèritè absolue! S'il lui arrivait de l'atteindre, c'ètait seulement à travers la fiction! Plaire au spectateur et le faire penser en même temps un tout petit peu, voilà son but! il y a toujours des idèes derrière les histoires qu'il raconte, mais ces idèes, derrière les histoires, Preminger tenait à ce qu'elles n'apparaissent pas trop, sinon son histoire ne serait pas une bonne histoire tel "Daisy Kenyon", drame de la solitude remarquablement montè dans lequel Joan Crawford fait une crèation excellente! A ses côtès, Dana Andrews (parfait) et Henry Fonda (un peu juste) complètent la distribution! Très belle photographie (du grand directeur de la photo Leon Shamroy) aussi bien pour les extèrieurs que pour les scènes d'intèrieures...
On a envie de dire : "Heureusement qu'il y a Crawford" tellement le film est froid et sans une once d'humour malgré une bonne réalisation. La passion est tellement retenue qu'on ne la sent jamais (à une exception près). Certes il est curieux de voir que ce triangle amoureux fonctionne entre gens civilisés, mais en même temps c'est quand même mieux que de se foutre des baffes. Tout cela ronronne gentiment, le scénario n'est pas folichon mais on se demande comment ça va finir, mais Preminger n'ira pas aussi loin que Lubitsch (sérénade à trois) et finira d'une façon étonnamment conservatrice contredisant tous ce qui avait été montré avant… Un film moyen mais qui se regarde sans ennui.
Le film a terriblement vieilli. On regarde ça seulement comme un témoignage sur cette époque. Les Américaines de la fin des années 40, pour qui le film est fait, devaient impérativement se retrouver dans le personnage de Joan Crawford. Il y a aussi dans le scénario une part de mélodrame dont la spectatrice avait besoin pour rêver. Mais aujourd'hui on y croit plus vraiment. Joan Crawford fait penser à une grande tragédienne tentant d'être une femme ordinaire, mais qui en fait un trop avec les expressions de son visage. Elle joue mal à madame Tout-le-monde. Ce changement de registre de la star est opéré depuis Mildred Pierce de Michael Curtiz, en 1945. Bon gré, mal gré car on sent un changement physique de l'actrice. Du sublime Cargo maudit de Frank Borzage, réalisé en 1940, où Joan Crawford est magnifique, 7 ans après les traits de Crawford ont changé. Elle ne peut plus être la femme fatale et essaie d'être banale et de ressembler à l'américaine moyenne. Ce n'est pas évident car on perçoit la star difficile. Otto Preminger essaie de montrer l'enfermement des personnages, le carcan d'une société mais il est desservit par l'interprétation insupportable de Joan Crawford, et un scénario bien lourd.
Ce film n'est pas à mettre parmi les meilleurs du réalisateur de "Laura" car le cinéaste n'arrive pas à transcender le sujet du film qui n'est pas d'une originalité renversante. A l'exception, et c'est là que réside tout le sel du film, dans les relations étranges qui lient les trois personnages principaux et qui les font évoluer. Et les acteurs qui les interprètent sont tous excellents. Dana Andrews qui prouve qui est à l'aise dans tous les registres même dans celui des hommes riches et puissants, Henry Fonda ambigu à souhait dans celui d'un homme qui a plus les pieds sur terre qu'il n'y paraît et Joan Crawford qui complète admirablement ce trio dans le rôle de la femme partagée entre deux hommes. En résumé, à voir plus pour la présence des trois acteurs principaux et leurs personnages devant la caméra que pour celle d'Otto Preminger derrière.
« Femme ou maîtresse » d’Otto Preminger en 1947 est un film plutôt méconnu au sein de la prestigieuse filmographie par ailleurs assez fournie de son réalisateur (39 longs métrages au total). Recruté en 1934 par Joseph Schenk alors Président de la 20th Century Fox, venu en Europe afin de recruter de nouveaux talents, Preminger débarque à Hollywood en 1935. Ses débuts de réalisateur assez peu convaincants, le jeune homme part pour Broadway pour revenir à la Fox où il finit par diriger « Laura » en remplacement de Robert Mamoulian jugé hors sujet. C’est un triomphe qui propulse Gene Tierney au rang de star et place Preminger dans la catégorie des réalisateurs qui comptent. Durant les sept années à venir Preminger va réaliser quatre autres classiques qui vont définitivement le classer comme un maître du film noir : « Crime passionnel » en 1945, « Le mystérieux docteur Korvo » en 1949, « Mark Dikson détective » en 1950 et « Un si doux visage » en 1952. Malgré ce tropisme qui a fait sa célébrité, Preminger demeurera un cinéaste éclectique (film historique, comédie musicale, film à dimension sociale, mélodrame flamboyant, film d’espionnage…) jusqu’au terme de sa longue carrière qui s’achèvera en 1979. « Femme ou maîtresse » se situe dans sa période la plus créative, juste après l’échec du magnifique « Ambre » depuis largement réévalué. Il s’attèle alors à l’adaptation d’un roman "Daisy Kenyon" d’Elizabeth Janeway dont les droits ont été acquis par la Fox en 1945. Le sujet est plutôt controversé car montrant sans fard ce que peut être parfois l'amère réalité des rapports amoureux. Exposant plutôt crûment un triangle amoureux adultérin, le scénario a nécessité plusieurs retouches pour être accepté par la censure. Daisy Kenyon (Joan Crawford) est une illustratrice de mode reconnue vivant seule à New York, femme indépendante à une époque où ce n’était pas la règle.spoiler: Maîtresse de Dan (Dana Andrews) un célèbre avocat qui malgré ses promesses réitérées ne parvient pas à divorcer de son épouse, Daisy s’offre des aventures dont la dernière avec Peter, un officier (Henry Fonda) devenu veuf et traumatisé par les horreurs de la guerre qui vient de s’achever. Quand celui-ci lui propose de l’épouser Daisy y voit une occasion de mettre fin à une relation sans issue dont la teneur sexuelle est subtilement mais clairement dessinée par Preminger. Entre deux âges et ressentant un besoin de stabilité émotionnelle, Daisy accepte la proposition de Peter. Les choses vont alors se précipiter, Dan prenant tardivement conscience de ce qui lui échappe demande enfin le divorce . L’intrigue somme toute classique pouvant servir de trame à un drame traditionnel ou à l’entame d’une intrigue policière gardera jusqu’au bout la tonalité d’une étude de mœurs sur fond de peinture sociale contemporaine. Le rôle du pouvoir abusif détenu par les hommes n'est pas éludé par Preminger qui tempère toutefois le propos en montrant que même en cette époque une femme indépendante financièrement pouvait si elle le désirait changer le cours de sa vie et l’orienter dans le sens qu’elle souhaitait. Le chemin vers la démocratisation d’une nécessaire indépendance était encore long mais Preminger montre clairement la voie avec comme messagère une Joan Crawford mature alors au sommet de sa gloire après l’Oscar reçu un an plus tôt pour « Le roman de Mildred Pierce » (Michael Curtiz en 1946) et qui délivre ici un mélange convaincant entre doute et volonté de reprendre son destin en main. Dana Andrews acteur injustement sous-estimé que Preminger appréciait (quatre films en commun) est tout simplement parfait en avocat égoïste et suffisant dont les certitudes vont lentement se fissurer. Henry Fonda au jeu tout en nuance et déjà une grande star à l’époque se glisse sans difficulté dans la peau de celui qui sait attendre son heure pour voir le volcan d’une passion pas totalement digérée s’éteindre et emporter la partie lors d'un épilogue en happy-end un peu convenue. Un film méconnu à redécouvrir montrant que derrière la tyrannie légendaire de Preminger sur les plateaux se cachait une sensibilité sincère.
"Femme ou maitresse" n est pas un film réputé dans la carrière d Otto Preminger. Pourtant, c est un film particulièrement intéressant qui mérite grandement d être redécouvert. Le sujet est simple : une femme interprétée par la belle joan Crawford est la maîtresse d un avocat célèbre joué par Dana Andrews. Amoureuse mais lassée de cette relation qui ne lui permet pas de s accomplir dans sa vie de femme ,elle rencontre un sous-officier ,veuf , qui vient d être démobilisé ( Henry Fonda). Elle décide d acceder à sa demande en mariage. Le film est particulièrement réussi et surtout il n a pas pris une ride. Quelle contemporanéité ! Pour la petite histoire, Preminger entamera, un peu comme dans ce film une relation adultère avec Dorothy Dandrige , vedette de la comédie musicale " Carmen Jones" qu il tournera un bonne dizaine d années plus tard.
Mélo années 40, le film a néanmoins l'ambition d'offrir au spectateur (de cette époque) un portrait de femme moderne et encore bien actualité : elle s'investit dans sa profession et ne souhaite plus poursuivre une relation avec un homme de pouvoir, marié, dont elle est oui amoureuse mais qui est bien peu galant à son égard, voir maltraitant. Rationnellement, et après bien d'hésitations et différentes péripéties pas toujours bien développées par Preminger, elle choisit un autre, seulement apparemment fragile, mais qui surtout lui laisse la liberté de choisir. Elle va donc au delà des apparences. Si le film par moment perd du mordant et semble avoir vieilli à bien des égards, la mise en scène impeccable, la belle photographie et la bande sonore de grande qualité permettent de sauver les meubles. Le cast également est de qualité, in primis un très touchant et un brin mystérieux Henri Fonda. Lorsqu'il lui déclare son amour, avec de si belles paroles, on comprend aisément que le choix de Daisy ne sera que définitif. Il s'agit là d'un joli moment de cinéma, en plus du baiser final !