Amoureux du film de genre et probablement amateur de la culture japonaise (son Crying Freeman le laisse supposer), quoi de plus logique que de voir Christophe Gans transposer un jeu vidéo horrifique nippon. Nouvelle illustration de la difficulté de passer du soft au long-métrage, Silent Hill perd malgré toute la bonne volonté de son réalisateur l'essence du jeu dont il est tiré, paraît-il à la fois angoissant et onirique. Si les ambitions sont manifestes, on ne ressent à aucun moment la terreur qui parait pourtant essentielle de cet univers damné, en constante remodélisation, comme si en permanence il se régurgitait lui-même. Pour ce qui est d'une ambiance onirique, on la sent bien par à-coups, notamment grâce à certaines trouvailles visuelles, mais elle est sans cesse hachée par une intrigue adjacente dénuée d'intérêt, paraît-il uniquement imposée par la production pour concrétiser durablement l'empreinte cauchemardesque de la ville en l'opposant à une trame réelle. Voyez le non-sens ! C'est de toute façon tout le symbole d'un film qui ne peut faire passer la moindre petite idée qu'à travers des édifices narratifs ou visuels démesurés, Gans passant comme toujours le plus clair de son temps à composer des plans sans doute jolis si on les prend un par un, mais souvent parfaitement vains, sans chair véritable. On sent quand même un vrai potentiel dans cet univers, mais j'ai presque du me détacher du film et commencer à en imaginer les tréfonds pour qu'il se révèle profondément inspirant. Dès que l'on se concentre trop sur l'image, on se retrouve en fait face à une réflexion sur le fanatisme qui manque de nuances (attention à ne pas se piéger soi-même), à une narration hasardeuse pas vraiment à même de garder l'équilibre entre clarté et trouble pour donner envie de pousser plus avant le dialogue permanent entre réalité brute, souvenirs et rêve qui font le sel de cette histoire. Le pire, c'est que Gans n'évite pas certaines facilités d'écriture qui ont le don de toujours me mettre en rogne. Et je n'aime pas beaucoup Radha Mitchell, qui m'a tout du long fait penser à une sous-Charlize Theron, que, et c'est dire, je n'aime pas particulièrement d'avance. Une fois de plus, Christophe Gans réussit sa mise en boîte, mais il s'en faut à nouveau d'un rien que le paquet sonne creux. Pourtant, comme je l'ai dit, le jeu m'avait vraiment l'air de valoir le détour.