Très décrédibilisé après le flop de son Welcome to New-York, Abel Ferrara avait, avec son portrait de Pasolini, de quoi se réconcilier avec le public cinéphile. Loin du schéma classique du biopic, son film reprend un concept déjà vu dans, notamment, Last days, celui de nous faire suivre les dernières heures de son personnage. Dans la peau du cinéaste-poète polémique, le choix de Willem Dafoe était une une évidence tant l’acteur lui ressemble. Deux éléments importants servent de piliers au film, d’une part les interviews, qui sont un prétexte pour développer le regard que portait le cinéaste sur la société et sur son art, et d’autre part un aperçu du film qu’il n’aura jamais eu le temps de mettre en scène. Autant les interviews sont propices à des monologues assez longs mais intéressants (bien qu’il ne s’agisse au fond que de la récitation de textes facilement trouvables dans les livres de ou sur Pasolini), autant le film Porno-teo-kolossal tel que Ferrara en met en scène quelques extraits, mais dont le scénario ne parait pas être d’une folle inventivité, permet un superbe procédé de mise en abime autour de l’acteur Ninetto Davoli, celui étant interprété par Riccardo Scamarcio (lui-aussi très ressemblant) et étant accompagné par un autre acteur, lui-même interprété par le vrai Davoli. Mais le véritable parti-pris de ce film, somme toute assez mal rythmé et trop bavard, vient de la reconstitution du meurtre de Pasolini. Cet évènement tragique, source d’hypothèses complotistes qui auraient méritées d’être au moins prises en compte, apparait comme la résultante d’une simple agression (telle que l’a décrit le suspect dans sa déposition trente ans plus tard). Cette absence de dimension politique dans ce crime odieux est justement ce que l’on reprocher à tout ce qui a pu le précéder, le scénario ne cherchant à développer que les aspects philosophiques et artistiques de sujet d’une telle manière que l’on peut en conclure qu’à travers lui, Ferrara n’a, une fois encore, parler que de lui.