Critique du director's cut, qui a par rapport à la version salle l'avantage de développer et d'enrichir certains personnages secondaires et sous-intrigues. Cela étant, l'épopée de Scott reste bancale. Déjà, le film manque de souffle et d'ampleur, le cinéaste offrant un spectacle un peu trop propret pour un film sur les croisades. Si la séquence du siège de Jerusalem permet au réalisateur de composer quelques belles images, sa manière générale de filmer son histoire manque de chair et de sang. Kingdom Of Heaven est parfois esthètiquement plus proche d'une publicité que d'un film sur le Moyen-Age. L'imagerie du film est pourtant proche de celle de Gladiator (qui disposait également d'une photo de John Mathieson) Scott reprenant même certains procédés de mise en scène. Mais là où, dans son péplum, les images ou les ralentis soulignaient de façon pertinente l'histoire et les émotions, elles donnent içi l'impression de vouloir les forcer. Le scénario souffre de défauts également, à commencer par le syndrôme Pearl Harbor (ou comment transformer une déculottée en quasi-victoire). Il a néanmoins des qualités, sa façon de mettre en avant les luttes de palais ou sa manière de montrer que la véritable bataille se livre au sein de chaque camp entre modérés et extrèmistes. On peut regretter au passage que le personnage de Saladdin, auquel un soin particulier semble avoir été porté en terme d'écriture, ne soit pas plus présent. Dernier défaut du film, mais de taille, son héros. Déjà, problème d'incarnation. Si Orlando Bloom n'est pas aussi mauvais acteur que certains le dise, il n'est absolument pas taillé pour le rôle. Il suffit d'écouter son discours de guerrier avant la bataille décisive et l'on se demande bien comment il parvient à convaincre les combattants de le suivre. Problème d'écriture aussi, notament par le manque de maitrise de son évolution et de ses motivations. Présenté au début comme un personnage sombre, rongé par son passé, et voulant libérer sa conscience en se rendant à Jerusalem, le scénario perd rapidement cet aspect de vue, le personnage se montrant fiable, éclairé, courageux et sans repproche du début à la fin, devenant le légataire et le défenseur des convictions et des valeurs de son père en deux temps trois mouvements.