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Un visiteur
4,0
Publiée le 29 septembre 2006
Un film pénible, pour plusieurs raisons. Le sujet, tout dabord, qui est assez dur et peu traité ; à savoir, comment le Parti Communiste dans les pays de lEst se retournait contre ses membres, pour des raisons complètement absurdes. La logique de lappareil étatique est à frémir : à limage de Montand (excellent), on nage en plein délire paranoïaque et on ne comprend pas le fonctionnement de ces hommes. La longueur et la répétitivité des interrogatoires sont plutôt lassantes, mais permettent, à mon sens, de mieux comprendre létat desprit des "accusés".La fin est démoralisante au possible, mais malheureusement rigoureusement exacte. Pas très joyeux, mais salutaire.
Film rageant, éprouvant, glaçant, qui montre avec effroi, force et sans artifice toute la cruauté, l'horreur et la folie des partis communistes et de la bureaucratie sovietique. Montand livre une prestation dès plus convaincante, saisissante même. On a mal pour lui. On souffre avec lui. Tous les acteurs même sont excellents. Quelques problèmes seulement pour moi et quelques désaccords avec le réalisateur, dont le premier et le plus gros est bien le fait que le film semble vouloir dénoncer et condamner le Stalinisme et non le communisme en soi, et nous faire croire ainsi au fameux slogan "Le vrai communisme, c'est pas ça". En plus, Gavras, Montand et Signoret semblent partagés dans la vraie vie cette idée, ce qui, pour moi, est très regrettable.
Sous nos yeux se met en marche une machine froide et implacable, qui broie les corps, use les esprits et finit par réduire toute résistance au silence. Derrière le procès politique, le film montre surtout la destruction méthodique de la liberté intérieure, jusqu’à ce que l’homme finisse par accepter le récit qu’on a fabriqué pour lui. Le plus glaçant est l'inversion de la logique (typique des régimes totalitaires) : l’aveu n’est plus la conséquence de la vérité, c’est la vérité qu’on finit par fabriquer à partir de l’aveu. Le pouvoir n’a même plus besoin de convaincre sa victime qu’elle est coupable car il lui suffit de contrôler son temps, son sommeil, son espace, jusqu’à sa perception du réel. La torture devient alors une guerre contre les repères, qui fait céder l’homme avant même de faire céder ses convictions.
Cette mécanique est d’une efficacité redoutable, mais elle finit aussi par tourner sur elle-même. Arrestations, interrogatoires, privations : les mêmes cycles reviennent, jusqu’à produire l’épuisement du personnage et aussi le mien en tant que spectateur. La mise en scène prolonge cette sensation avec son univers gris, froid et fermé, où toute forme de respiration semble avoir disparu. En fait, je trouve que le film gagne en cohérence ce qu’il perd en variété, et sa gravité constante finit par devenir presque monochrome, somnolente. Le film est tellement certain de ce qu’il veut démontrer qu’il laisse aussi peu de place au spectateur pour construire lui-même son regard.
Au centre de cette mécanique, j'ai été bliuffé par Yves Montand. Surtout par ce qu’il laisse disparaître peu à peu : la parole ralentit, le regard se vide, le corps porte les derniers restes de volonté. Il ne joue pas immédiatement une victime, mais un homme qui tente de rester cohérent dans un monde devenu parfaitement incohérent. Pourtant, à force de regarder la machine qui broie cet homme, le film finit parfois par nous faire voir davantage la victime que l’individu. Je reste ainsi plus marqué par la méthode que par l’homme, par la puissance du système décrit que par l’émotion qu’il devrait susciter.