L’Algérie aura connu de grands bouleversements historiques sans précédent au cours du XXᵉ siècle, qui ont profondément affecté la société, remettant en cause des systèmes de valeur et de croyance construits au cours des siècles. En posant sa caméra au sein de l'hôpital psychiatrique de Constantine, le réalisateur tente de comprendre les souffrances des algériens où s’entremêlent divers aspects (religieux, politiques, économiques et familiaux).
Malek Bensmail (Des vacances malgré tout - 2001) n’est pas étranger au milieu de la psychiatrie, son père (Belkacem Bensmaïl) était professeur de psychiatrie et fut l’un des fondateurs de la psychiatrie algérienne.
Comme son titre l’indique, Aliénations (2004) met en lumière la souffrance mentale en Algérie. Le réalisateur à suivi le quotidien des médecins et patients dans un hôpital psychiatrique. On y découvre les névroses, les psychoses et les obsessions des uns et des autres (les ¾ des pathologies sont des délires politico-religieux). Évoquer la psychiatrie algérienne, c’est aussi braquer les projecteurs sur les nombreux problèmes que rencontre ce pays (socioculturels, politiques, économiques, crises identitaires, …).
« Je ne suis pas né fou, c’est l’État qui m’a rendu fou. »
La psychiatrie algérienne a des années de retard, à tel point que l’on a parfois de l’impression de faire un bond dans le passé et de revoir des pratiques d’un autre temps, telles qu’elles ont pu exister en France (notamment les électrochocs ou la contention mécanique).
En filmant au coeur de la psychiatrie algérienne, le réalisateur prend le pouls d’une société en perte de repère et révèle par la même occasion le malaise social qui la traverse. Un documentaire saisissant, dans la droite lignée de ce qu’à pu faire Raymond Depardon (Urgences - 1988) ou Wang Bing (À la folie - 2013), pour ne citer qu’eux.
A noter enfin, que le film existe aussi en “version courte" (destinée à la télévision), sous le titre de "Thérapies algériennes" (et diffusée notamment sur France 5).