Peu après avoir tourné dans « L’Outrage » son cinquième film avec Martin Ritt un de ses réalisateurs favoris, Paul Newman dont le dernier film marquant remonte à quatre ans avec « Le plus sauvage d’entre tous » lui aussi de Martin Ritt, a enchaîné quatre films au mieux plutôt insignifiants au pire franchement mauvais. En outre, il s’est aventuré plus souvent qu’à son tour dans le registre de la comédie qui à ce stade de sa carrière ne semble pas fait pour s’accommoder à son jeu trop marqué par l’empreinte de son passage à l’Actors Studio. C’est alors qu’il est contacté par Carlo Ponti pour accompagner Sophia Loren dans « Lady L » une adaptation d’un roman de Romain Gary que George Cukor cherche à concrétiser depuis plusieurs années avec Gina Lollobrigida et Tony Curtis dans les deux rôles principaux. La MGM qui avait pourtant beaucoup investi dans la préproduction du projet finit par renoncer. Carlo Ponti qui depuis le début des années 1960 fait feu de tout bois pour faire de son épouse une vedette internationale saute donc sur l’occasion pour mettre en œuvre une co-production internationale. Au passage, il n’est sans doute pas mécontent de permettre à sa protégée de souffler la politesse à sa principale concurrente transalpine. Peter Ustinov est choisi pour diriger le film. Trois ans plus tôt, il avait réalisé le magnifique « Billy Budd », film de pirates tragique avec un remarquable Robert Ryan en commandant tyrannique découvrant son homosexualité refoulée face à un jeune mousse interprété par un Terence Stamp encore débutant. À l’époque les comédies d’aventures prenant pour terrain de jeu le globe terrestre comme « Le tour du monde en 80 jours », « La grande course autour du monde », « Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines » ou encore « Un monde fou, fou, fou, fou » s’avèrent très rentables. On peut logiquement penser que Carlo Ponti et Peter Ustinov s’inscrivent dans cette veine, David Niven ayant lui-même participé en 1956 au « Tour du monde en 80 jours » de Michael Anderson. A l’occasion de son 80ème anniversaire célébré dans son somptueux château anglais, Lady L (Sophia Loren) raconte sa vie à son biographe. Une vie aventureuse qui a vu une jeune blanchisseuse corse montée à Paris s’amouracher d’un anarchiste militant (Paul Newman) arrêté à la suite de sa participation à un complot visant à assassiner le prince de Bavière puis se marier à un aristocrate anglais (David Niven) désireux de renouveler sa lignée marquée par le sceau du malheur. Le scénario écrit par Ustinov tente avec parfois une certaine confusion d’illustrer toutes les péripéties qui ont scandé la vie de Lady L. La distribution française d’appoint (Michel Piccoli, Philippe Noiret, Cladue Dauphin, Marcel Dalio, Jacques Dufilho…) renforce la coloration exotique de l’épopée amoureuse de Lady L qui bien sûr est l’attrait principal du film grâce à une Sophia Loren parfaitement à son affaire et dont le charme comble plutôt efficacement certaines carences de la narration. Paul Newman pour une des rares fois depuis le début de sa carrière se trouve en arrière-plan. Il semble avec ravissement s’en contenter, sachant après quelques expériences douloureuses récentes qu’il lui faut rester sobre dans un registre assez périlleux pour l’acteur parfois emprunté qu’il est encore. David Niven dans un rôle qui lui convient à merveille apporte la touche de classe nécessaire à cette entreprise qui se situe à la fin d’un cycle ayant vu les studios se lancer dans des productions à grand spectacle pour tenter en vain de contrer l’irrésistible avancée de la télévision. Le film contrairement à ses prédécesseurs cités plus haut n’a pas été un succès, essuyant quelques remarques acides d’une critique attendant mieux du très raffiné Peter Ustinov qui il faut bien l’avouer est ici à quelques coudées en-dessous de son très réussi « Billy Budd » (1962). Rien de honteux malgré tout à cette entreprise plutôt divertissante.
Lady Lendale raconte elle-même son destin de petite blanchisseuse française que les hasards de la vie ont conduit à s'élever dans l'aristocratie anglaise. On aurait tort d'imaginer à travers ce bref résumé un film fourmillant d'idées et de rebondissements romanesques. Il ne s'agit pas non plus d'un conte de fée. C'est une histoire peu structurée, sans véritable fil dramatique, qui repose sur quelques personnages fantaisistes et caricaturaux, une histoire où la condition sentimentale de la blanchisseuse (Sophia Loren, franchement médiocre), entre un anarchiste et un aristocrate, constitue le seul repère continu. La recomposition luxueuse et rococo des années 1900 flatte le récit, lequel se disperse dans des bavardages futiles et une variété de rôles plus niais les uns que les autres. L'humour de Peter Ustinov, qui se voudrait malicieux, n'est tout au plus que grivois (les longues séquences dans laspoiler: maison close ) et passablement loufoque. La vacuité de la mise en scène rejoint ou détermine le caractère primaire des personnages. On peut penser que la nouvelle de Romain Gary dont le film est l'adaptation doit être un peu plus caustique.
Une vieille lady anglaise est honorée par les autorité lors de son anniversaire pourtant rien ne la prédestinée à ce destin. Elle raconte son histoire et ses débuts de blanchisseuse à paris dans une maison close. Qui dit grosse comédie avec casting international dit généralement aussi grosses ficelles c'est le cas ici. Alors au début c'est amusant puis cela devient redondant.
A priori le Peter Ustinov acteur, le néron de Quo Vadis, l’Hercule Poirot de Mort sur le Nil, est plus connu que le Peter Ustinov réalisateur. Pour tant Lady L avec son casting foisonnant puisque outre le couple Sophia Loren-Paul Newman, on croise des seconds rôles tels Michel Piccoli et Philippe Noiret qui partagent le même déplorable accent anglais, le film vaut largement le détour. Annoncé comme une comédie satirique (ce qu’il était peut-être en 1965) le film est seulement gentiment impertinent mais l’intérêt est ailleurs. Adapté du roman de Romain Gary, Peter Ustinov a conservé cet humour typiquement anglais, un brin absurde. Cette Lady L est donc vraiment séduisante, et si elle n’est pas aussi originale qu’elle le voudrait on lui pardonne tant les traits de Sophia Loren ont bien traversés le temps.