Ah, Watchmen, je voulais faire sa critique depuis un moment. Que dire, si ce n’est que Snyder a réalisé là probablement le meilleur film de super-héros jusqu’à maintenant (il sera difficile à battre !). Tout est d’une perfection impressionnante, jusqu’au générique qui pour une fois est sacrément soigné.
Voyons donc d’abord les acteurs. Ceux-ci sont brillantissimes. Pas de grosses stars à 20 millions (style Cage), mais le résultat quasi-parfait de bout en bout. Pourtant pour une fois il y a une sacrée galerie de personnages. Patrick Wilson, Billy Crudup, Carla Gugino, Malin Akerman et le reste de la clique sont absolument excellents. Je donne une mention spéciale à Jackie Earle Haley et à Jeffrey Morgan, tout deux exceptionnels dans leurs personnages. Matthew Goode est souvent considéré à la traine, même si clairement il est le plus fade, c’est aussi son personnage, policé et parfait qui veut ca. Tous les autres ont des aspérités marqués, ce qui n’est pas son cas, et finalement l’acteur s’en tire fort bien. Les personnages sont en effet d’une puissance incontestable, nettement supérieurs à beaucoup de super-héros. Énorme profondeur psychologique, caractères ultra-variés, travail sur les relations humaines fin comme une lame de rasoir, c’est du béton armé de ce coté là.
Le scénario est dans le même genre. Ultra-complexe (et pourtant jamais incompréhensible), il a au moins dix niveaux de lecture différents, entremêlant les époques, recomposant une vision uchronique de l’histoire récente. C’est fabuleux de voir une telle force, et surtout, de la retranscrire sans s’emmêler les pinceaux sur grand écran. Alors certes il faut bien 2 heure 40 pour arriver à tout caser, mais purée de pois, quel bonheur ! Par ailleurs le film a une gradation magistrale. Le début est totalement mystérieux et invite vraiment à en savoir plus, la fin est brillantissime, avec une intensité rarement atteinte. On ne sait même plus quel camp choisir ! Le rythme est soutenu, mais il est vrai qu’il ne faut pas s’attendre à autant d’action que dans les blockbusters de super-héros habituels. Le travail sur la psychologie des personnages tient quand même une bonne place, mais fascinante, elle n’est pas dérangeante.
Snyder est un réalisateur que l’on attend toujours au niveau formel. Il livre là sa meilleure partition. La mise en scène a beaucoup de style. Les scènes d’action sont d’une extraordinaire clarté, d’une précision chirurgicale (il faudra aimer néanmoins les effets de style nombreux du réalisateur, avec beaucoup de ralentis comme dans 300). Snyder virevolte vraiment avec sa caméra, et pas uniquement dans les scènes d’action, je précise. Il faudra accepter aussi la violence que déploie Watchmen. C’est nettement plus relevé que dans les films de super-héros classiques, et il y a bien deux ou trois scènes qui sont clairement à proscrire aux gens sensibles. La photographie est sublime. Il y a un énorme boulot, et ca crève littéralement l’écran. La première scène avec le Comédien pose sans sourciller l’affaire. Les décors sont non moins réussis. Grandiose, d’une variété étonnante, c’est absolument merveilleux. Comment ne pas dire un mot de la musique ?! Sublimissime elle aussi. Il y a du Philipp Glass (on le reconnait à cent mètre), aussi bon ici que dans Candyman. Et bien entendu les reprises de classiques, utilisées avec une aisance déconcertante. Le générique sur Bob Dylan est un chef d’œuvre, mais les funérailles avec Sound of Silence est une séquence d’anthologie. Mise en scène, photographie, musique, ambiance, profondeur émotionnelle, Watchmen est entièrement incarné dans cette séquence époustouflante de maitrise.
Voilà un blockbuster qui fait du bien. Là on peut dire que les 130 millions ont été utilisés avec intelligence. Watchmen est un monument du cinéma. Visuellement étincelant, il a une profondeur tellement abyssale qu’il faut bien l’avoir vu dix fois pour en saisir toutes les subtilités. Franchement je ne connaissais pas le roman graphique dont ce film est tiré, mais Snyder donne une sacrée envie de le lire. Magistral !