Après le surestimé Virgin Suicide, certes intime et raffiné, après surtout le magnifique Lost in translation, on attendait Sofia C. avec à la fois de l'impatience et de la crainte. Sombrerait-elle dans l'intellectualisme pour flatter ses critiques, péterait-elle un câble devant cette célébrité naissante, se sentirait-elle pousser les ailes d'une faiseuse de chef d'oeuvre comme papa ? Le titre et le sujet de Marie-Antoinette semblaient faire craindre le pire : ennui, cérébralisation... mais ô surprise, pas du tout. Il est amusant de constater que ce film, truffé de contre-sens historiques (je n'ai pas dit d'erreurs), possède une grande cohérence narrative, et la classe simple du film qui ne cherche pas l'ambition, mais juste à développer son sujet. Ici, envers et contre toute attente, les anachronismes servent de moteur. Évidemment, on retrouve l'existentialisme adolescent cher à la réalisatrice, qui rappelle ses précédents films et invite à se demander si elle serait capable de produire autre chose. Mais force est de constater que tout comme sa muse, elle tient les objectifs qu'elle s'est fixée, sans dérapage ou trop grande assurance. Si bien qu'en définitive, elle parvient à nous rendre sympathique son personnage, et à nous faire oublier ses détournements historiques. Au final, beaucoup ont critiqué les dérives sucrées du film (image, mode et plats), mais je ne trouve pas ces critiques très pertinentes. Il ne s'agit pas de savoir s'il est guimauve, mais simplement de rappeler qu'avant d'être des rois, des reines, des nobles, ces personnages étaient avant tout des enfants à qui l'on n'avait jamais laissé le temps, ou l'occasion, de grandir. De ce point de vue, peut-être le personnage de Marie-Madeleine est-il traité de manière un peu archétypale, mais celui du Roi est pertinent. Ainsi, cette simple phrase qu'il profère : "nous sommes trop jeunes pour régner" me parait être la clef pour interpréter les multiples facettes de l'oeuvre de Sofia Coppola.