Sofia Coppola dépoussière quelque peu le film historique. Certes, le château de Versailles, ses salons et ses jardins, les costumes de ces messieurs de la noblesse et les toilettes de leurs dames reproduisent avec gourmandise le prestige et l'élégance de la cour du Roi. Mais le regard que la réalisatrice porte sur Marie-Antoinette, dauphine puis reine à la mort de Louis XV, fait apparaitre la jeune fille comme une adolescente de notre temps, impression renforcée par l'utilisation, à certains moments, d'une bande musicale moderne et anachronique. Ainsi, un bal masqué aristocratique rappelle-t-il de façon insolite une soirée de la jet-set parisienne.
Le film est un portrait circonscrit au quotidien de la cour et quasiment sans intrusions extérieures. Marie-Antoinette figure une adolescente intriguée, embarrassée, émerveillée par les mœurs de Versailles, vues avec humour (ces levers et couches assistés, les repas si peu intimes...) tandis que Louis XVI est un jeune homme falot, visiblement étranger à sa charge.
Le point de vue de la réalisatrice est intéressant quoiqu'on trouvera, parce qu'il se déroule en vase clos suivant le dessein de Sofia Coppola, que le film manque un peu de diversité et, parfois de relief ; comme si la futilité de la cour rejaillissait sur le sujet lui-même. Le récit, qui se termine au moment de la prise de la Bastille, élude le sort funeste du couple royal. Il est évident toutefois que, pour Sofia Coppola, la Révolution châtiera deux personnes coupables mais pas responsables, l'un de son immaturité, l'autre de sa frivolité, héritées et entretenues par le milieu où le destin les a placés.