Un film ésotérique, typique des années 70 . Ici Gille Carle, qui eut son heure de gloire dans ces années-là, filme Lewis Furey et Carole Laure (vrai couple à la ville à cette époque) , dans une rencontre fantasmée entre une ange rédempteur et une jeune femme qui vient d’être assassinée. Celui-ci va vouloir la ressusciter grâce à la musique et à l’amour . Il l’initiera aux deux : cours de piano, de chant ( la musique est de Lewis Furey , lui-même compositeur) et surtout initiation à l’érotisme et à l’éveil des sens. De très belles scènes sensuelles entre les deux amants, on sent qu’ils se connaissent et qu’ils apprécient leurs caresses. Il y avait même, dans la version originale, une belle scène de fellation non simulée , qui avait produit son petit scandale à l’époque, mais celle-ci a été supprimée à la demande de C. Laure. Une très belle image noire et blanc, un peu floutée, qui donne des superbes effets ouatés, dans la campagne environnante, ultra-enneigée du grand nord canadien, en plein hiver .
À mi-chemin entre du Chris Marker et du Jean Eustache, un film expérimental sous fond de romance impossible où l'ambiance nébuleuse fait une bonne partie du boulot, la place du fantastique est annoncée d'entrée bien qu'elle garde un rôle en sous-texte, servant une thématique sur la reconstruction sensible et sensuelle d'une femme, laissé pour morte, par l'ange Gabriel. Le rythme est lent et le fond assez imperceptible, avec une forme résolument crade (même si beaucoup de plans se revendiquent du courant expressionniste allemand), mais ce fameux climat fait que le tout reste ouvert à la pure fascination, dans cette logique du souvenir du personnage où les évènements vont remonter à la surface au fur et à mesure, jusqu'à l'impasse, faisant exploser tout son relief métaphysique. Un OVNI inclassable et chaotique.
Avec son scénario loufoque, son ambiance onirique, des musiques somptueuses et des scènes d'un érotisme torride, "l'ange et la femme" dispose de tous les arguments nécessaires pour plaire. Malheureusement, le réalisateur tombe vite dans la masturbation intellectuelle avec des dialogues à tendance philosophique (généralement autour de la mort) qui sonnent creux et dont le propos, dénué de sens ne sert justement qu'à caché la pauvreté de son oeuvre.