Totalement moderne avec la façon de filmer les plans intimes, les corps qui se touchent sans émotions montrant la passion perdue et surtout ces souvenirs du passé qui reviennent en permanence en mémoire pour raviver au final cet amour en déshérence. Il a fallu auparavant filmer longuement (un peu trop peut-être) les longs moments de solitude et l'ennui qui devient en vérité la flamme amoureuse qui se ravive. Joli, éthéré presque et silencieux.
Pour son troisième long métrage de fiction, Ermanno Olmi s'intéresse à l'exil des travailleurs qualifiés de l'Italie du Nord dans la campagne d'industrialisation du sud du pays encore très rural dans les années 60. Le réalisateur a encore son regard de documentariste et observe la confrontation de ces deux mondes que tout oppose. La technologie froide et austère de la société moderne du nord de l'Italie, qui se rend dans des thés dansant comme une routine quotidienne chaque week-end. Et la société rural du sud, encore encré dans les croyances et les traditions, mais qui parfois s'enflamme pour une joyeuse fête de village. Le scénario est quasi absent dans ce film, tout comme les dialogues presque inexistants. "Les fiancés" est vraiment un film d'ambiances contemplative. Des ambiances d'une époque désormais révolue, que le réalisateur a su capter tel un reporter photographe avec des images magnifiques. Un très beau film pour ceux qui seront sensible au charme rural de l'Italie du Sud. Sinon vous vous ennuierez ferme...
Un ouvrier du nord de l'Italie quitte les siens, et sa fiancée en particulier, pour travailler dans le Sud. Le style du film d'Ermanno Olmi étonne et son propos, ses intentions, sont, disons-le, plutôt obscurs. Evoquant l'Italie populaire et ouvrière, sa pauvreté et l'âpreté de son existence, le cinéaste se détourne du réalisme social pour un récit elliptique fait de scènes insolites ou poétiques. Opposé au misérabilisme, Olmi trouve peut-être à la classe ouvrière des raisons d'espérer : la camaraderie, l'amour (on le verra, à la fin, après s'être longtemps demandé la signification du titre) et un certain art de vivre prolétarien sont des échappatoires naturelles. Le regard de Giovanni, l'ouvrier "déraciné, est celui du spectateur dans ce qu'on pourrait qualifier de chronique de moeurs erratique et libre, sans intrigue à proprement parler. Mais à la curiosité initiale ont succédé chez moi l'incompréhension puis l'indifférence.
Beau petit film d'Olmi. Très bien filmé, le scénario minimaliste laisse un peu sur sa faim. Tout le début du film ressemble plus à un documentaire, un ouvrier est nommé loin de chez lui où habite sa fiancée. Une belle photo en noir et blanc, des décors extérieurs bien choisis (usine, marais-salants...), l'intérêt du film tient aussi à une description d'une Italie du Sud avec ses petites gens, ses fêtes (longueurs), ses chambres minables. La beauté du film vient lors de la dernière demi-heure avec un échange épistolaire entre les fiancés. Il y a aussi beaucoup de "flash-backs" qui éclairent les sentiments réciproques des amants. Les acteurs non professionnels sont très acceptables. Les bals sont bien filmés. C'est un film court qui manque peut-être de plus de substance.
septiemeartetdemi.com - Il y a un scénario des images ! Non, je ne parle pas du script : l'histoire a été écrite non pas pour les personnages mais pour leurs décors. En 1963, dans un âge d'or du noir et blanc forcé par la technique, Ermanno Olmi va jouer tel un peintre sur les contrastes et les profondeurs. Apparemment attaché aux diagonales, le talentueux régisseur va litérallement faire traverser des pièces au charme simpliste à sa caméra. Cela fait un peu de peine pour les acteurs dont tout talent est rendu accessoire, juste une mise en valeur de la prestation graphique. Ils sont deux, plus deux semi-figurants, et leur personnalité d'acteur est insensible, jugée quasiment inutile. On ne leur demande qu'une maîtrise de leur expression, ce qu'ils ont.
Le scénario - le vrai - souffre aussi de ce favoritisme de l'image. Étonnamment peu linéaire pour son époque, il est confus tant qu'on est encore en train de s'y habituer, puis les inserts se mettent à sonner creux. Bref, Olmi n'a pas ménagé la chèvre et le chou, mais cela n'empêche pas la soupe d'être excellente.