En pleine période post-guerre d’Algérie, où l’OAS a raté son coup sur de Gaulle (« les poulets n’ont rien », selon Yvonne), ce qu’il en reste, en exil, infiltré par la DST, ne renonce pas et tente un baroud d’honneur. Pour ce faire, ils vont faire appel à un étranger qui va travailler seul, eux joueront le rôle d’appât pour les services français. L’homme a l’air très entraîné et commence à se créer sa légende : il fabrique de faux passeports, et l’on ne comprend pas encore son intérêt au début.
Production franco-anglaise, parmi les acteurs français, une partie est resynchronisée en postproduction pour que l’ensemble soit en anglais, ce qui n’aide pas à l’immersion, d’autant que cela se voit pour l’acteur Gérard Séty, qui siège au cabinet du ministre de l’Intérieur et dont on connaît parfaitement la voix grâce aux visiteurs.
Le plan du meurtre semble parfait, et l’on se demande comment les services français vont se rendre compte qu’une attaque est en passe d’arriver, car personne dans l’OAS noyautée n’est au courant à part leurs chefs. Le service action va tout simplement kidnapper le garde du corps des chefs de l’OAS et le torturer jusqu’à ce qu’il avoue le nom du Chacal. De là va s’enclencher la course contre la montre entre l’homme seul et le gouvernement français.
On pourrait se dire qu’il n’a aucune chance, mais il a toutes les cartes en main : on ne sait rien de lui. Puis, lorsqu’on apprend qu’il existe, il a déjà au moins dix coups d’avance. Pour la traque de ce fantôme, on nomme le commissaire Claude Lebel, un homme qui apparaît très timide face aux membres du ministère de l’Intérieur, mais qui montre très vite une compétence exceptionnelle.
Il est à l’inverse des membres du cabinet : il se fiche de la politique et a une vision des barbouzes et de leurs méthodes (sans doute les restes de la guerre d’Algérie) encore très vive. Il est donc un homme de terrain dans le bon sens, un vrai serviteur de l’État, mais pas seulement, aussi des Français. C’est la caricature des hommes qui servent face à ceux qui se servent ; on se demande à quoi servent les gens haut placés qui semblent diminués. Il va vite prendre l’ascendant sur eux, même s’ils sont assez ingrats et le remercient dès qu’ils pensent avoir repris la main.
Très vite, l’enquête progresse, on retrouve sa piste en Angleterre et le profil s’affine, mais le Chacal n’est pas tout à fait seul : il peut s’appuyer sur un contact à Paris qui le tient informé de l’évolution de l’enquête grâce à une veuve de soldat mort en Algérie qui entretient une liaison avec un membre du cabinet.
Ici, le facteur humain du renseignement apparaît, souvent oublié mais essentiel dans le renseignement.
On suit en parallèle la préparation du Chacal ainsi que la traque et la poursuite de ce dernier. Les deux routes finissent par se croiser de très près, au point qu’on se demande quand la fin va arriver. Mais même acculé, il réussit toujours à s’en sortir de manière assez brillante.
Plus il est acculé, plus il doit tuer, parfois contraint, parfois sans que l’on sache ce qui le justifie. Il perd donc son côté héroïque, tellement apprécié en France, celui de l’homme persécuté, tandis que les services de l’État apparaissent comme d’affreux tortionnaires. Cela rééquilibre donc les choses. Il n’y a plus vraiment de bien et de mal, seulement des forces en action.
Le style est documentaire, très « schœnendoerfferien », mais dans un contexte intérieur. On ressent le frisson grisant du Chacal quand il est pris dans un taxi et que toutes les voitures de police foncent.
On ressent la traque du commissaire qui seul a pris la mesure de l’homme et qui l’arrête presque sur un coup de chance.
Un film brillant, intelligent, lent, et vraiment prenant entre 4 et