Au sortir d’une boite de nuit, cinq personnages (la bourgeoise, le black, la beurette, le noiche et le neuneu) décident de partir à la campagne pour passer le réveillon de noël dans la maison de la bourgeoise. Arrivés là-bas, ils découvrent un gardien aux allures de péquenot psychopathe, et des villageois qu’on croirait échappés de «Délivrance». Encombrée d’un atelier de poupées à mi-chemin entre Chucky et Frankenstein, la maison cache aussi la monstrueuse femme enceinte du gardien.
Sheitan, en arabe-langage branché de técis, c’est Satan. Car c’est le diable qui tire les ficelles de tous ces événements étranges qui s’accélèrent au fur et à mesure que s’approchent les douze coups de minuit. Vincent Cassel a accompagné et défendu ardemment de jeunes réalisateurs français ; certains brillants (Matthieu Kassovitz), d’autres intéressants (Gaspard Noë), d’autres enfin totalement surfaits (Jan Kounen). Il présente Kim Chapiron comme le représentant d’une nouvelle génération. Soit.
Mais s’il bénéficie d’un rythme assez trépidant, «Sheïtan» ne fait que recycler les différents éléments de la «culture» djeune : montage digne d’un clip, cadrage bancal et mouvements de caméra parkinsonien ; vocabulaire de quinze mots («Un truc de ouf» étant le niveau le plus élevé de la métaphore), et préoccupations limitées au cul et au bien-être de son pitt-bull…
Le réalisateur ne joue pas à fond la carte de l’épouvante ; il cherche à ratisser plus large, et fait des incursions dans le porno soft et dans la comédie, dans un registre auquel nous a habitué Besson scénariste («Taxi», «Banlieue 13») ; c’est dire la finesse… Vincent Cassel en fait des tonnes, mais il y prend visiblement plaisir, cherchant du côté de la folie d’un Nicholson. Malheureusement, les autres acteurs ne sont absolument pas dirigés, et encore moins portés par l’insignifiance des dialogues.
Mal foutu, complaisant, souvent prévisible, «Sheïtan» ne trouve furtivement une identité que quand il bascule beaucoup trop tardivement dans l’épouvante, avec un dérapage vaguement lynchien. Tout cela est bien insuffisant pour déceler un futur Peter Jackson.
http://www.critiquesclunysiennes.com/