Film de guerre dramatique réalisé par Joseph Losey, Pour L'Exemple est un très beau long-métrage, bouleversant. L'histoire se déroule pendant la Première Guerre mondiale et nous fait suivre le procès d'un soldat de l'armée anglaise accusé de désertion, défendu par son avocat militaire, capitaine, qui va tout faire pour le sauver du peloton d’exécution. Ce scénario d'une grande simplicité est particulièrement poignant à visionner tout du long de sa durée d'une heure et demie. Le récit nous plonge immédiatement au cœur de son sujet avec la rencontre entre le soldat et son défenseur qui préparent ensemble leur défense. Un avocat qui tente également de connaître les motivations de son accusé et de percer sa personnalité et son intimité pour s'en servir à sa charge. S'ensuit un procès tenant en haleine, les deux camps se rendant coups pour coups dans leurs échanges d'arguments avancés. Et vu la peine encourue, l'intrigue revêt d'un enjeu capital pour les deux hommes confrontés à la justice. Tout le sel du métrage repose sur la confrontation entre l'humanité du soldat et la logique impitoyable de l'institution judiciaire représentée par un tribunal de fortune improvisé à la hâte, en temps de guerre. De nombreuses thématiques sont évoquées mettant en opposition la loi et la morale. Mais le fait le plus marquant est celui qui nous fait comprendre que, parfois, l'ennemi n'est pas forcément celui se trouvant dans l'autre camp. Quelques intelligentes respirations nous sont offertes en quittant le procès lors de certaines séquences afin de faire le parallèle avec un rat et de montrer les autres soldats dans leur quotidien sommaire duquel ils tentent de s'échapper fugacement, en tentant juste de vivre des moments simples, rappelant au passage leur jeunesse et leur innocence. L'action étant entendue au loin, les combats étant presque absents, se déroulant en arrière-plan, on assiste bien plus qu'à un film de guerre. On assiste à une tragédie judiciaire. Et même si l'on devine rapidement son sort, notamment à cause du titre français, l'espoir, même ténu, nous permet d'y croire. Le ton se veut éminemment dramatique et sérieux et l'atmosphère emplie de tension tant chaque mot prononcé peut faire basculer son sort. L'ensemble est porté par des personnages attachants très bien développés. Des rôles interprétés avec réalisme par une distribution impliquée comprenant le soldat joué par Tom Courtenay, dont le jeune âge se fait ressentir, tout comme ses limites facultatives, ainsi que Dick Bogarde qui incarne un avocat hiérarchiquement supérieur mais prenant à cœur de le faire disculper comme s'il s'agissait de sa propre tête qui était en jeu. Ils sont entourés par des juges implacables campés par Leo McKern, Barry Foster, James Villiers ou encore Peter Copley. Tous ces individus entretiennent des rapports procurant beaucoup d'émotions tristes. Des échanges soutenus par des dialogues parfaitement écrits et déclamés par des hommes faisant preuve d'une grande éloquence à la barre. Sur la forme, la réalisation du cinéaste américain se veut qualitative. Sa mise en scène sert magnifiquement son propos avec une caméra toujours justement placée pour filmer les réactions des visages et nous gratifiant de cadres soignés, en plus de bénéficier d'une véritable narration visuelle. De plus, elle évolue dans un cadre atypique avec ce tribunal improvisé au cœur des tranchées, faisant office d'un décorum singulier. Ce visuel remarquable n'est accompagné d'aucune bande originale. Mais cette absence n'en est pas vraiment une puisque les sons des gouttes de pluie et des canons tirant au loin se substituent à elle. Ces bruits dont ces hommes se sont accoutumés la remplacent avec brio et confèrent une atmosphère rendant ce quotidien incertain. Reste une fin déchirante venant mettre un terme à Pour L'Exemple, qui, en conclusion, est une œuvre cinématographique aussi précieuse que mémorable.