Autant "Les choristes" fût l'occasion de rêver le passé, ou pour certains l'occasion inespérée de le revivre, avec un brin de naïveté et un charme désuet qui s'incrustaient paradoxalement à la production actuelle, autant "Faubourg 36" est la grosse production bien carrée, toujours aussi naïve et populaire, alourdie par l'envie de s'inscrire dans son temps, de jouer une petite musique universelle pour charmer Paris, Bruxelles, Pékin, Moscou ou Détroit, l'Inde et ses couleurs voluptueuses, la Suède et sa morosité vivante. Christophe Barratier aimerait faire du cinéma pour tout le monde, un peu comme Nathan fait des jeux de 7 à 77 ans. Malheureusement, et malgré une haute ambition technique qu'il serait injuste de ne pas citer, il ne fait que ressortir les gros sentiments niaiseux du cinéma français à papa, aux intentions aussi louables scénaristiquement qu'elles sont contredites par la somme pharaonique du budget qui les soutient. Le scénario, faussement touffu et réellement brouillon, tient sur l'idée fondamentale d'éclairer mille personnages à la fois, mille destinées aux richesses inavouables comme pour que l'histoire se communique au Monde. Mais ces personnages n'ont jamais l'innocence touchante de la tradition, et Barratier le talent de les mener jusqu'au bout. Ainsi son film, dès le début, les aplatit sous une esthétique de carte postale, noyée de clichés grotesques et d'effets pompiers qui surlignent le film sans jamais s'arrêter. Barratier surcharge la dose technique, du visuel au sonore, du texte des chansons au sous-texte du scénario, de la morale à la raison. Il filme avec un amour passif la passion musicale, sentimentale, l'engouement humain et les révoltes contre l'injustice. Comme si sa caméra prenait plus le temps de fixer avec fierté le matériel de décoration que le coeur de ces hommes et de ces femmes perdus dans la misère. Le schéma narratif est à ce point ennuyeux et prévisible qu'il est déjà possible de savoir la fin avant même d'avoir vu le début.