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Gonnard
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0,5
Publiée le 24 octobre 2009
Il faut aimer le genre de l'opérette. Ce n'est définitivement pas mon cas. Surtout que les parties musicales sont..., comment dire ça poliment ?, "mignonnes". L'humour n'est lui non plus pas d'un grand niveau. Certains quiproquos sont sympathiques, mais on est loin de se tordre de rire par terre. Les dialogues ? Basiques. L'histoire est assez soporifique. Bref, à part pour voir la gueule du jeune Jean Gabin, le film ne vaut pas le détour.
Un des premiers films muets français, qui exploite pourtant excellemment cette nouvelle ressource, comme si le réalisateur et les acteurs connaissaient déjà la technique, tant ces derniers sont à l'aise. On trouve du coup une drôle d' "opérette filmée", comme le dit si bien le générique, où les jeux sur les mots rivalisent en quantité et en médiocrité : il est évident que le côté "parlant" du film doit être utilisé au maximum, et tant pis si la qualité en pâtit. Autre chose étonnante : alors que les films muets étaient plutôt des œuvres d'art où la difficulté résidait dans la technique, on retrouve dans Chacun sa Chance un aspect complètement dédié au divertissement, et où la seule technique est justement le parlant. Intéressant, en plus d'être instructif sur les débuts de Jean Gabin.
Le seul véritable intérêt de « Chacun sa chance » réalisé en 1930 par Hans Steinhoff et René Pujol est d’être officiellement le premier film tourné par Jean Gabin qui reste encore à ce jour le plus grand acteur de l’histoire du cinéma français. Gérard Depardieu a un temps fait figure de successeur mais sa lente descente à partir de l’échec de « 1492, Christophe Colomb » (Ridley Scott en 1992) dans les affres des productions sans âme (plus de 200 films à son actif) a montré que dès l’âge de 44 ans l’acteur de « 1900 », « Buffet froid », « Le sucre », « Danton » ou encore « Cyrano de Bergerac » n’avait plus vraiment de motivation artistique. Son compagnon d’armes Patrick Dewaere a quitté les écrans dès 1982 emporté par un mal-être insurmontable. Michel Piccoli, certainement l’un des acteurs les plus brillants de sa génération aura la plupart du temps choisi avec bonheur les chemins de traverse. Daniel Auteuil très éclectique et minutieux dans ses choix à l’image de Gabin n’a pas pu conduire sa dernière partie de carrière comme il l’aurait souhaité, les scénarios actuels formatés ou indigents ne lui laissant guère de place pour exprimer son immense talent. Alain Delon et Jean-Paul Belmondo, les fils putatifs de « Gabin » qui ont pu tourner avec leur maître, ont dès les années 1980 remisé au placard toute prétention artistique. D’autres acteurs très brillants comme Michel Simon, Louis Jouvet, Bernard Blier, Gérard Philipe, Bourvil, Michel Serrault, Philippe Noiret, Jean-Pierre Marielle, Jean-Louis Trintignant, Jean Rochefort ou Niels Arestrup ont des registres plus limités, n’ont pas occupé en permanence les premiers rôles ou sont partis trop tôt. Donc « Chacun sa chance » le bien-nommé ouvre la voie à une prestigieuse carrière comptant 95 films sur 46 ans qui s’achèvera sur « L’Année sainte » (Jean Girault en 1976). Deux titres symboliques de l’étape que chacun écrit d’un parcours jalonné d’une grosse douzaine de chefs d’œuvre, d’une trentaine de films de première importance, d’une autre trentaine de films respectables et enfin d’une petite quinzaine de longs métrages anecdotiques voire dispensables. Production franco-allemande, « Chacun sa chance » voit Jean Gabin encore chansonnier tenir son premier, premier rôle à l’écran aux côtés de Gaby Basset son ex-femme qu’il n’oubliera jamais de faire tourner une fois la célébrité arrivée (sept films jusqu’en 1959). Dans cette comédie musicale très légère, ils sont deux ouvriers pris dans un quiproquo les introduisant pour une folle nuit dans le grand monde, chacun séduisant l’autre sous une autre identité que la sienne véritable. Le scénario use jusqu’à la corde l’imbroglio monté de toute pièce et plutôt mal amené par un scénario écrit avec les pieds par Richard Arvay et Charlie Roenllinghoff. Tout sonne faux et Jean Gabin semble plutôt emprunté, se demandant peut-être après ce film médiocre si le cinéma est vraiment une bonne option pour lui qui connaît alors le succès sur les planches. Reste tout de même l’entraînante et jolie chanson « Pour être encore plus heureux » de René Pujol entonnée par les deux amoureux tout à la joie du merveilleux hasard qui les a réunis. Ne soyons tout de même pas trop dur avec ce qui est alors l’un des films inauguraux du cinéma parlant français et qui a eu le mérite on l’a dit de placer pour la première fois le nom de Jean Gabin en tête d’un générique.
Qualifié de film-opérette -on ne disait pas encore comédie musicale- le film est probablement un des premiers films français parlants. Evidemment, sa principale vertu est de confier au jeunot Jean Gabin un rôle d'acteur et de chanteur dans ce qui est son premier long métrage. Difficile de voir dans le comédien débutant le futur patriarche du "Clan des Siciliens"! Mais tout de même, en frac et gominé, il n'est pas sans prestance. Gabin incarne Marcel, un modeste employé dans une magasin de confection, qui, le temps d'une soirée au théâtre puis au restaurant, est le baron de Monteuil, suivant un quiproquo très complaisant. On croisera aussi l'encore plus jeune Jean Sablon, dans un rôle décoratif. On trouve dans le film de René Pujol quelques plans qui attirent l'attention mais il est difficile de dire aujourd'hui que le cinéaste a fait preuve d'inventivité sur la forme. Le sujet, en tout cas, est un vaudeville simpliste, pas amusant et à peine mouvementé, avec des personnages très sommaires. C'est une charmante curiosité plus qu'un bon divertissement.
Le premier film de Gabin (quelques courts métrages auparavant) et début du cinéma parlant:le résultat est fabuleux, un mélange de théâtre évidemment mais aussi opérette (Gabin était chanteur d'opérette à ses débuts). Toute une époque!