Nom d’une pipe! Qu’est-ce que Reygadas, qui sait pourtant être bien inspiré quand il veut, nous a fait là?!? Sa bataille dans le ciel est surtout une lutte laborieuse pour essayer de faire de l’art à partir de rien, ni inspiration, ni propos, l’obésité des personnages ne parvenant jamais à engraisser le scénario. Enfin si, il y a du talent, c’est indéniable, mais le talent ne se suffit pas à lui-même, il faut bien qu’il serve quelque chose. Là, mon pauvre Carlos, il n’y a pas grand-chose. Ton film est un véritable anesthésiant émotionnel, et ton talent ne fait qu’agacer tant il sonne creux et n’est en définitive que le cache-misère d’un naufrage total. Sorte d’excroissance cancéreuse de "Japon", 1er film très prometteur du cinéaste, "Batalla en el cielo" échoue totalement là où son prédécesseur avait réussi: cette "belle laideur" nous rendant humains des personnages laids ou antipathiques, nous faisant pénétrer dans leur intériorité et nous permettant ainsi de comprendre leur combat intérieur, lutte éternelle entre profane et sacré avec, au bout du chemin, la rédemption. Ici les personnages sont statiques et sans âme. Ils ne pensent pas, ne rêvent pas, ne ressentent pas. Ils sont complètement réifiés et ne peuvent alors plus être autre chose que laids. Du coup, le "respect" dont prétend faire preuve Reygadas quand il les filme laisse pour le moins dubitatif. Les personnages n'éveillent pas chez nous la moindre empathie et deviennent même désagréables à voir lors de scènes de sexe qui donnent la nausée. Celle entre Marcos et sa femme nous évoquent avec écoeurement l’étal du boucher, le tout couronné par un symbolisme vulgaire, gros comme le nez au milieu de la figure, irrespectueux envers le public, pas aussi idiot que le cinéaste ne semble le penser. Pour le coup, c’est bien lui, Reygadas, qui passe pour une sacrée andouille. Cachons vite ce raté, pensum poseur ne plongeant pas encore totalement dans l'oubli uniquement grâce à sa réputation sulfureuse.