"Ne le dis à personne" est d'abord un best-seller du romancier Harlan Coben. Thriller efficace, ce polar était très américain : le Dr David Beck est médecin pour Medicaid, son beau-père est un ancien inspecteur de la police new-yorkaise, et le méchant est un milliardaire et potentat local. Guillaume Canet a été emballé par cette histoire, et il a su se montrer suffisamment convaincant pour en obtenir les droits d'adaptation, alors que Michael Apted ("Gorilles dans les Brumes", "Nell", "Le Monde ne suffit pas") était sur les rangs. Le réalisateur de "Mon idole" s'est dit conquis par la multiplicité des personnages, propice à la réunion d'un casting impressionnant composé de nombre de ses amis ainsi que par l'imbrication d'une histoire policière et d'une histoire d'amour. C'est d'ailleurs pour cela qu'il a voulu tourner ce film par beau temps, avec une lumière d'été, et non pas se plier aux contraintes du film noir, avec ambiances nocturnes et pluvieuses.
La transposition de l'histoire au contexte hexagonal est plutôt réussie, même si les poursuites en Scénic rendent définitivement moins bien que celles en Mustang ou en Corvette, comme le "Da Vinci Code" nous l'avait déjà montré... Guillaume Canet a su contextualiser l'intrigue à la française, en filmant les Puces de Montreuil, le Périphérique (avec une poursuite originale... à pied !), jusqu'aux objets électroménagers balancés depuis les étages des tours des cités sur les parebrises des Scénics de la BAC.
Le film bénéficie d'une distribution de gala, avec un usage du contre-emploi bien venu : François Berléand joue pour une fois un rôle sympathique, celui du policier honnête, alors qu'à des titres divers, André Dussolier, Jean Rochefort et Guillaume Canet émargent du côté des ordures. Kristin Scott-Thomas est excellente, ultra-féminine et maculine à la fois dans son rôle de l'amie de la soeur de Margot. François Cluzet qui incarne le Dr Beck n'a jamais tant ressemblé à Dustin Hoffman, et cette ressemblance n'a visiblement pas échappée à son réalisateur qui le fait courir et subir la torture comme son modèle dans "Marathon Man".
Si elle est sans génie particulier, la réalisation est efficace et donne à l'ensemble un rythme plutôt bien adapté à ce type d'intrigue. Il y a bien quelques lourdeurs, particulièrement dans les scènes les plus dramatiques : Dussolier vidant sa bouteille de gin ou Cluzet fracassant la vitrine du salon pour manifester sa colère. Certains plans, tel ce traveling au dessus de la voiture d'Alex et Margot, laissent augurer de ce qu'aurait pu en faire un véritable auteur comme Kassovitz au début des "Rivières Pourpres". Mention spéciale à la musique, jouée en direct à la guitare par M qui découvrait le montage, comme l'avaient fait en leurs temps Neil Young pour "Dead Man" et Ry Cooder dans "Paris Texas", et qui par son équilibre instable souligne ainsi la tension dramatique de l'action.
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