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Ewen Blake
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3,5
Publiée le 22 avril 2016
Même si la graine et le mulet n'est pas mon Kechiche favori, personne n'arrive comme lui à filmer le réel, les scènes au travail, en famille ou en société éclairent les vies de personnages terriblement humain. On traite les différences culturelles, les rapports inter générationnels, le racisme latent, la solidarité familiale jusqu'à l'hypocrisie ou la tentation du retour au pays, sans exagération, sans déformation, avec une justesse incroyable. Comme pour Adèle, je regrette juste cette tendance du réalisateur à filmer les corps féminins avec une "gourmandise" qui frise l’écœurement.
Film que j'ai laissé de côté un moment avant d'oser me lancer et je ne regrette finalement pas !! Alors certes il y a des longueurs, des moments moins intéressants parfois, des moments agaçants avec des gros plans en veux tu en voilà mais c'est tellement réaliste; On a l'impression d'être assis à la table de cette famille et d'assister à leurs conversations, leurs règlements de compte et c'est plaisant. On suit leurs démarches administratives, leurs histoires de coeurs jusqu'au dénouement final qui nous surprend (et j'avoue m'a amusé un peu !!!) Je ne pensais pas accrocher du tout à ce film et en fait c'est tellement gênant d'être au coeur d'un déballage comme ça qu'on suit malgré nous et on veut savoir ce qui va arriver ! Mais de là à gagner tant de prix je ne sais pas...je suis dubitatif !
Bien rares sont les films qui m'émeuvent au point de me nouer la gorge et de me faire verser une larme. C'est pourtant le cas de celui-ci, probablement grâce à l'ambivalence des émotions qu'il suscite. Le dénouement annoncé, tragique, est pourtant porteur d'espérance et d'optimisme. Quel est la valeur d'une vie ? Dérisoire comme cette course poursuite fatale et sans espoir de la mobylette volée par de jeunes écervelés ou Considérable par la générosité des personnes aimées comme le dévouement de sa fille qui fait l'offrande d'une danse du ventre débridée pour retarder de quelques minutes un dénouement catastrophique. Les acteurs, certes non professionnels servent admirablement ce magnifique scénario.
Le trait appuyé et l'imagination toujours vivace. "La graine et le mulet" paraît comme un film sincère. Kechiche sait ce qu'il veut, n'en démord pas à l'écran. Les scènes longues, à rallonge, créées des compositions uniques, où tous les entrailles du comédien sont mises sur la table. Il est justement question ici de repas. Et le fait de transformer cette scène complètement banale en parenthèse à grand potentiel cinématographique, c'est très fort. A bout de souffle, je reste, un peu comme le personnage principal, à quai.
J'ai commencé le film en me disant qu'il était un peu stressant et agressif. Puis au fur à mesure, je suis rentré dedans et j'ai adoré le scénario, les acteurs; cette famille, ces gens, je les ai déjà tous rencontré dans ma vie quotidienne. Comment on peut faire une fiction aussi réaliste ? Bravo
La Graine et le mulet est un film superbe. Superbe dans son message qui pousse à l’entreprise, à l’audace face à une morosité castratrice de secteurs économiques qui périclitent. Superbe dans sa direction d’acteurs. Kéchiche est décidément un fabuleux génie. C’est par ailleurs en lisant certaines critiques que le nom de Pialat m’est apparu. Pialat avait en effet dans sa première période, une propension aux scènes de la vie quotidiennes, jouées par des acteurs amateurs à la justesse saisissante. Kéchiche marche sur ses traces. Enfin le film est superbe dans sa manière de traiter les émotions et les sensualités. Si le film est assez verbeux (cf. la scène où la femme exulte sa rage de voir son mari la tromper ouvertement et ne peut s’arrêter de parler, ainsi que le long débat des anciens autour de la soirée organisée par Slimane), il est aussi extrêmement doué dans les non-dits. Les acteurs explosent, crient, et d’autres intériorisent : Hafsia Herzi se tait face aux fils de Slimane, mais expulse ses tensions dans une danse finale très sensuelle, à la limite du don de soi. Car si le film porte les valeurs familiales et des valeurs d’entraide, il est surtout un film d’amour qui transcende la paternité. Rym aime Slimane. La Graine et le mulet évoque donc la graine (Rym), qui germe à la fin du film et se révèle une plante sulfureuse, et le mulet, Slimane, qui porte tout le poids de sa vieillesse, de sa famille, de ses amis, et de la tradition. Un chef d’œuvre de 2h30 où le temps est invisible.
Encore une petit perle un chef d'œuvre signé Kechiche. La force de son cinéma vérité réside dans l'art de filmer des histoires ordinaires avec une science de la mise en scène juste parfaite. De plus, cette sublime le travail de ses acteurs qui sont pour la plupart amateurs. Avec ce film, il réussit également l'exploit de briser la frontière entre cinéma d'auteur et cinéma populaire en nous racontant une chronique familiale touchante et émouvante. Bref, Kechiche est en train de marquer le cinéma français de son art qui touche au génie grâce à sa direction d'acteurs et à sa camera sans filtre. La durée plutôt conséquente du film n'est jamais ennuyeuse, chiante mais la fin nous laisse un peu sur notre faim tant on aurait aimé que ce film ne s'arrête jamais. Et quelle performance de la sublime Hafsia Herzi qui crève littéralement l'écran.
Potentiellement un petit chef d'oeuvre, sabordé lâchement par cette fin en queue de poisson! J'ai bien conscience que Kechiche a voulu proposer une fin ouverte, qui laisse libre cours à l'interprétation de chacun ; et je n'ai rien contre ce procédé, qui se justifie pleinement dans certains films (de tête, je citerais "Paris" de Klapisch, dont l'issue n'est pas tranchée et c'est très bien comme ça). Sauf que pour "La graine et le mulet" (2007), cette fin ouverte n'est pas un parti-pris selon moi, c'est juste une solution de facilité! La plupart des questions développées pendant 2 heures et demie restent sans réponse, en suspens : c'est hyper frustrant!!! Quid du daron, malaise ou décès? Donc quid du restau, de la mi-fa? Quid de son connard de fils, aussi lâche que le réalisateur pour le coup, que j'aurais aimé voir assumer les conséquences de sa bêtise? On ne saura jamais, et visiblement ça ne dérange pas grand monde... Je pousse un tel coup de gueule car le film avant cela est un bonheur, un petit bijou de tendresse et d'optimisme sur des thématiques telles que l'intégration, la crise économique, la famille recomposée, le mélange des communautés... Un regard bienveillant mais acéré, sans mièvrerie ni angélisme, qui sait pointer avec acuité les faiblesses, mesquineries et contradictions de ce petit monde sympathique et bigarré. Kechiche est et reste un grand metteur en scène, un des meilleurs réalisateurs français contemporains, avec toujours sa patte formelle très personnelle et reconnaissable, usant et abusant des gros plans, étirant ses scènes jusqu'à saturation, dirigeant ses acteurs (amateurs) comme personne, et parvenant ainsi à faire ressortir une réalité palpable, une vérité criante sur l'âme humaine via ce naturalisme brillant. Un dernier mot sur LA révélation du film, même si tous les comédiens sont formidables : la divine Hafsia Herzi, avec sa bouille et ses rondeurs adolescentes, sorte d'Adèle sudiste, qui crève littéralement l'écran.
Après avoir visionné La vie d’Adèle, j’ai eu envie de voir un autre film de Kechiche.
Monsieur Beiji Slimane vient d’être licencié du chantier naval. Il décide avec l’aide de sa belle-fille de créer un restaurant sur un bateau. Fatigué de se battre, il survit grâce à sa famille et ce projet. Un projet qui les mène à une soirée-découverte du nouveau restaurant.
Le film se place à Sète et j’ai eu l’impression de me trouver dans une ville du bled où la cuisine, la culture, la chaleur des personnages se ressent. Le décor est dans le port et les quartiers populaires.
Comme dans La vie d’Adèle, Kechiche dépeint une partie de la société : des personnes à la culture maghrébine, leurs traditions, leur générosité. Par exemple, Rym, sa belle-fille, fait une danse du ventre très sensuel pour faire attendre les invités. La famille est soudée dans les bonheurs comme dans les épreuves : ils vont se souder pour réussir et soutenir Slimane.
Le film paraît sous tension, Slimane est dans une période d’indécision où il se sent inutile. A soixante ans, on a l’impression qu’il est lassé de se battre. Très étrange cette soirée finale !
Sous ses airs chaleureux, c’est un film dramatique, touchant. Que j’ai aimé sans plus.
P.S. : La graine, c’est la semoule du couscous ; le mulet, c’est un poisson que l’on trouve dans les ports, le poisson des pauvres donc.
Un ouvrier magrébin de 61 ans se fait licencier et décide d'ouvrir un restaurant. Le film est très près de ses personnages. On dirait quelquefois un reportage, mais il y a un scénario derrière, et plutôt bon. La spécialité du réalisateur c'est de laisser tourner quand les autres coupent. Claude Lelouch à coté est vraiment un petit joueur. Ce qui compte c'est ce que cela apporte. Comme beaucoup je pense que le film bénéficie de cet effet, excepté à la fin durant la danse du ventre. La description de cette famille est plutôt neutre, on voit les bons et mauvais côtés. Le père, personnage principal, est quasi mutique. C'est son courage auquel il est rendu hommage, mais aussi à une forme de destin maudit. Un très bon film.
Une vraie comédie dramatique dans la veine naturaliste à la française. Contrairement à ce que je craignais, le film ne m'a pas paru long. Les acteurs font "vrai", pas d'altération esthétique comme dans les grosses productions. La description de la tentative de revalorisation sociale de ce petit monde, traversé de conflits et de contradictions, est vraiment bien rendue. On retrouve fidèlement, pur ceux qui connaissent, le douloureux vécu de certaines familles immigrées du sud de la France qui butent sur l'intégration.
J'ai rien contre le cinéma qui est réaliste, ou qui du moins se veut réaliste, mais là je me suis sérieusement emmerdé. De toute façon, j'aime pas le style Kechiche et si j'ai apprécié, sans être conquis pour autant, "La Vie d'Adèle" c'est surtout grâce aux deux Adèle... "La Graine et le Mulet", pour moi c'est une première heure où entre de nombreuses disputes les personnages bouffent du couscous, à part ça rien d'autre... Ça commence enfin avec la visite chez la banquière mais l'ennui n'est pas fini pour autant, le réalisateur ne manquant pas d'étirer interminablement ses différentes scènes alors qu'elles auraient pu être largement élaguées des trois-quart de leur durée avec une mention spéciale avec la danse du ventre la plus disgracieuse de tous les temps. L'amateurisme d'une mise en scène tremblotante, d'une prise sonore médiocre, d'une distribution jouant globalement faux ne font qu'ajouter au plaisir.
Avec "La Graine et le mulet", Abdellatif Kechiche dresse un portait de famille absolument bouleversant, en filmant la solidarité, la joie, mais aussi l'hypocrisie. Mais derrière cette famille, une réflexion majeure parcourt le film: celle de l'immigration (et plus particulièrement de l'adaptation). Et c'est le croisement entre la morale de cette famille et son adaptation (avec l'ouverture d'un restaurant) qui passionne. Chaque mot, chaque regard et chaque geste comptent, et portent des conséquences sur la situation familiale. Intense et émouvant, ce film à l'aspect social aussi réaliste que brûlant aura révélé l'incroyable Hafsia Herzi et remporté un succès critique et public amplement mérité.