Rodriguez n'étant pas un manchot, il n'est guère étonnant que la réalisation tienne la route et que les plans soient efficaces. S'étant fait les dents sur tous types de productions, il est un solide artisan du cinéma bien que rien dans ce film très encadré ne relève des pics de génie qu'il a pu avoir sur Sin City (par ex.).
Les acteurs, eux, font bien leur travail même si, là encore, aucune prestation ne sort vraiment du lot...
Et c'est là qu'est le gros point faible du film : le formatage.
Gunnm est une de mes oeuvres fétiches et en dépit de mon manque de sympathie pour ce film (que les distributeurs n'ont même pas eut l'once de respect de respecter le titre et les noms originaux hors des USA !), j'ai regardé ce film avec l'esprit ouvert car j'aime beaucoup le travail de Rodriguez et une partie de son casting. Je ne suis pas de ceux qui s'attache à ce que l'adaptation soit parfaite car un changement de média requiert, justement !, un travail d'adaptation ce qui implique des différences. Je suis même favorable à ce que l'on prenne de grandes libertés à partir du moment où l'esprit de l'oeuvre originale est respecté. Hors ce n'est pas le cas ici.
Tout d'abord, l'ambiance n'est pas celle du manga. Le cyberpunk ne nécessite pas de se passer sous la pluie mais là, on a droit au réveil de la Belle au Bois Dormant dans son univers merveilleux ! Sérieux ? Cette ville est sensée être une décharge où l'on se bat à chaque instant pour sa survie ! Tout ou presque y est vicié et corrompu ce qui pousse (notamment) Yugo/Hugo à vouloir rejoindre Zalem. Gally/Alita n'est pas sensé s'émerveiller d'une ville fun et relativement sympathique : elle est l'ange qui met le doigt sur le peu de bonté qui s'y trouve encore et cherche de toutes ses forces à le protéger. Un combat perdu d'avance, ce qu'elle (et le lecteur/spectateur, du coup) ne sait pas et c'est bien ce qui constitue tout le tragique de l'histoire !
Pire encore ! Makaku, premier antagoniste fondamental, est ici Grewishka (ça sent bon la guerre froide comme blase...), une brute épaisse sans intérêt, mais surtout la preuve définitive que James Cameron et Laeta Kalogridis (les deux scénaristes) n'ont rien comprit à l'histoire et se sont contenté d'en faire un film de SF qui navigue entre l'action et le teenage-movie (soyez honnêtes les gars ! A certains moment, on se croirait sur Disney Channel...). Makaku est l'opposé de Gally. Ils sont tous deux nés dans les ordures (lui dans les égouts, elle dans la décharge) mais elle tente de sublimer le peu d'humanité qui reste dans cette enfer là où sa Némésis est l'incarnation même du vice : l'ange contre le démon... Et le tout dans une extrapolation de notre monde où l'ultra-capitalisme règne à travers la marchandisation ultime du corps (c'est même le cœur du récit, hein, donc livrer un script transhumaniste, bof bof...).
Bref, on passe d'un manga qui fait réfléchir à un film qui diverti et dont l'essence même représente tout ce que dénoncait Yukiyo Kishiro. Mais on avait eut la même avec le remake de Robocop...
Je passe sur la violence et la profonde noirceur de Gunnm qui n'étaient pas gratuites mais servaient à illustrer à quelle point l'être humain avait sombré dans un gouffre de folle sauvagerie. En 2019, ce n'est bien sûr pas "bankable".
Libre à chacun d'apprécier ou non, mais les fans du manga, tout autant que les spectateurs lambda, étaient en droit d'attendre mieux.