C'est pour réparer une injustice, celle d'avoir dénaturé la vision d'auteur de William Peter Blatty pour raccorder à tout prix ce troisième film avec le premier L'Exorciste de Friedkin, que sort en 2016 un remontage complet de l’œuvre, un director's cut qui n'ajoute pas grand chose (concrètement, on a des plans de sportifs qui font de l'aviron en plus au début du film, un ou deux dialogues rallongés) mais au contraire qui en enlève pas mal (c'est assez rare pour être souligné : cette version director's cut est plus courte que l'originale). Au-revoir tous les flashbacks du premier film (pour faire comprendre au spectateur dans quelle saga on est, des fois qu'on soit trop niais pour ne pas savoir lire le titre), et surtout au-revoir la scène finale de l'exorcisme. C'est un peu dommage pour notre part (car on trouvait que c'était une des meilleures séquences de l'original), mais au moins cette fin minimaliste (c'est le cas de le dire : pas de lutte contre le Mal, le cureton
arrive juste en face du mec possédé, lui tire deux balles dans la tronche
, et se barre, fin. "Eh ben, ça, c'est fait.", comme on dit) surprend, par son immense décalage avec la version "ciné" qui est à l'opposé (en fait des caisses pour impressionner le spectateur). L'ordre des plans varie aussi beaucoup (sans que cela ne change grand-chose à la signification du film : que l'on ouvre le film par les escaliers du premier film, ou part des mecs qui rament dans un aviron, ça ne change rien, puisqu'on voit l'autre scène ensuite...). Et dans l'édition que l'on a eue, les images inédites étaient dans une qualité très médiocres (un placard nous alerte avant le film, sur le fait que les images d'archives qui ont été coupées, n'ont pas été restaurées, et sont donc "dans leur jus", mais que c'est moche, bon sang...), avec un visuel très flou et un son caverneux. Au moins, on ne peut pas louper les images inédites. Ce director's cut ne sera donc pas la version qu'on préfère des deux, même si on lui reconnaît une honnête volonté de se rapprocher du livre, en excluant toutes les fioritures imposées par les studios à l'époque (une volonté louable de nous donner à voir ce que l'auteur aurait voulu), mais là où Blatty favorise la subtilité d'une enquête où l'on ne voit jamais d'exorcisme, on regrette de n'avoir plus beaucoup de spectacle. La fin tout particulièrement nous a grandement déçu.