Le récit initiatique sympathique et attachant de Dino, un jeune de Sarajevo tentant d’échapper à la grisaille de son quotidien. Premier long-métrage de Kusturica et déjà un univers bien particulier, avec beaucoup d’affection envers ses personnages, mais sans la magie de ses futurs films.
Premier long-métrage d’Emir Kusturica, sorti en 1981 en Yougoslavie, Te souviens-tu de Dolly Bell ? consacrait déjà toute l’originalité de ton du célèbre cinéaste serbe. Dino, un adolescent qui vit avec sa famille dans un très modeste appartement de Sarajevo, découvre la culture occidentale et les premiers émois amoureux autant qu’il se rapproche de son père très malade, un communiste pur jus qui oscille entre brutalité et sensibilité. Baroque, musicale, teintée d’une ironie mordante, tendre et émouvante, cette chronique magnifiquement mise en scène et en lumière portait déjà toutes les graines de l’univers de Kusturica. Elle le propulsa sur devant de la scène internationale, lui qui gagna rien de moins que deux Palmes d’or en 1985 et 1995. Absolument superbe.
Emir Kusturica raconte une adolescence (probablement la sienne) dans le Sarajevo des années 60. le cadre est réaliste dans lequel vivent Dino et sa famille, faubourg pauvre, gris, décrépi. Mais la vision du cinéaste s'accompagne déjà, dans ce film de jeunesse, d'éléments et de portraits pittoresques, voire extravagants, qui confinent parfois à la poésie. Procédé annonciateur d'un style qu'on trouvera plus abouti dans les oeuvres futures du cinéaste. Car cette poésie née de la conjonction du naturalisme et d'une dérision légère, n'a pas encore la truculence de "Chat noir, chat blanc" ni l'inventivité et l'imagination débridée d'autres films futurs de Kusturica. "Te souviens-tu de Dolly Bell" est, conformément à l'état de la Yougoslavie de l'époque, un film austère aux couleurs ternes. On y découvre un adolescent introverti, notamment avec un père qui fantasme un communisme idéal, et ses premiers émois avec Dolly Bell, mi-chanteuse, mi-prostituée. En dépit de leur originalité, je n'ai pas été très sensible à ces figures et anecdotes, ni à la mélancolie qu'inspire l'existence à Sarajevo.