Le livre est un chef d’œuvre de la littérature policière horrifique. Et le film de Jonathan Demme suit le même chemin. Il ouvrira même la voie sur la mode des tueurs en série dans le cinéma américain des années 90 qu'on verra dans Seven, Copycat, Le Collectionneur, Bone Collector, etc, etc. Sa grande force, c'est de distiller un profond malaise tout le long sans pratiquement aucun effet gore en dehors de
l'évasion du docteur Lecter
. Tout est suggéré. Ce qui en renforce la puissance. Le Silence des agneaux, c'est un formidable affrontement psychologique entre un psychopathe et une jeune recrue du FBI. Un psychopathe, qui, à première vue, n'en est pas un. Il a des goûts raffinés. Il aime la bonne bouffe, le vin, la musique classique, les jolies femmes. Il est intelligent, suave, a de bonnes manières. Et il n'a pas son pareil pour manipuler les gens, les tenir sous sa coupe, les influencer, de par son passé de psychiatre. Ainsi, on ne sait pas trop qui tient les rênes. Est-ce lui qui détiendrait la clé du mystère sur l'identité du meurtrier de plusieurs jeunes femmes dépouillées de leur peau ? Où est-ce cette étudiante perspicace mais qui s'habille comme une professeur d'histoire/géographie en fin de carrière ? Un lien étrange se nouera entre eux. Un mélange de fascination, d'attirance, d'amour, de répulsion. Enfermés tous les deux dans une sorte de cocon hors du temps excluant tous les autres. Le directeur de l'asile. Le mentor de Clarice qui pourtant l'avait mis en garde contre les techniques de séduction d'Hannibal Lecter en l'incitant de ne pas trop se dévoiler. C'est précisément ce qui la rend attachante, d'ailleurs. De garder la tête froide alors qu'elle en fait tourner tellement autour d'elle. Ce mélange de force, d'intelligence, de froideur et de fragilité par rapport à ses blessures d'enfance. Il fallait bien ça pour tenir tête à un méchant d'anthologie dont la présence à l'écran ne doit pas dépasser les quinze minutes. Cette pluie de récompenses obtenue est amplement méritée.