Thelma et Louise… Sans rien savoir du film, son titre annonce déjà la couleur. Un duo, de l’aventure, du crépage de chignon. Ne sachant pas vraiment à quoi m’attendre, je ne pouvais empêcher l’idée que ce film pouvait être un navet. Je me suis rapidement d’ailleurs posé la question après les premières minutes de visionnage : était-ce un énième road-movie rempli de clichés et de phrases mal venues ? Non, même si certains défauts pointent parfois le bout de leur nez. T&L est un film féministe oui, lesbien non. Et alors ? Il est, je pense fondateur dans l’imagerie encore machiste de cette fin de siècle, où les années 1990 sont un tournant, avec l’arrivée sur la scène politique et financière de nombreuses dames à poignes, l’ère d’Indira Gandhi ou de Margaret Thatcher ne constituant que les prémisses d’un monde où la femme a sa place. Critiquer le côté féministe du film ou le louer n’est pas je pense l’angle idéal pour saisir la valeur de ce film. Le contexte a son importance et ce message pseudo-politique aussi. Ce qui m’a le plus marqué, c’est « ce sentiment de liberté au delà des frontières » comme chantait Ferrat : deux femmes qui prennent la route, un peu forcées et qui partent à la conquête du bitume et des étendues désertes, de l’imprévu et des lendemains sans soleil. La scène la plus révélatrice est à mon sens celle où Thelma est en train de cambrioler une épicerie ; Louise attend dans sa voiture et croise les yeux d’une vieille dame qui attend dans sa veranda, laissant filer les jours, les heures, la vie. Auparavant, dans leur vie minable de serveuse et de femme au foyer, T&L ne faisaient rien de transcendant ; elles se traînaient. Elles n’étaient peut-être pas déprimées et on ne peut pas être d’accord avec le fait qu’un viol raté est nécessaire pour changer de vie ; mais il est important de noter qu’un acte hallucinant, étonnant (au sens premier : « frappé par le tonnerre ») est fondateur d’un changement de notre perception du monde. Ici, c’est échapper à une violence et répondre par un coup de feu. Après, tout s’emballe et la vie commence. Louise est caustique et drôle à souhait ; Thelma le devient progressivement. Louise aussi change, devient plus sensible, plus humaine. Ce sont ces modifications qui m’ont interpelées et qui m’ont vraiment convaincu de la justesse de la fin du film : il ne s’agit pas d’une apologie de la violence ou de l’anarchisme mais bien de ce que la liberté nous apporte lorsqu’on la choisi comme modèle. Certes, cela n’est pas tenable et ne peut conduire qu’irrémédiablement à la mort. Vivre en marge de la société n’est pas une chose perenne. Pourtant, T&L ont finalement choisi cette vie et refusé de se rendre : elles partent le sourire aux lèvres dans le ravin car heureuses d’avoir goûté à ce qu’est vraiment vivre. Une semaine sur les routes valait mieux que cinquante ans à servir des milk-shake dans un café ou repasser le linge de son sycophante de mari.