Dr Strangelove or: how I learned to stop worrying and love the bomb. Dr Folamour ou: comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe. Le titre en dit déjà beaucoup, de cette grande farce, de cette inquiétante satire, qui s'amuse de la guerre des blocs comme on se moque des chamailleries vaniteuses de quelques précieuses mais ô combien réjouissantes. Des personnages irresponsables tenant entre leurs mains le destin de la planète, voilà ce que nous montre le maître Kubrick, des foutus hommes politiques ou chefs militaires incapables de maîtriser ce qu'ils ont mis sur pied. L'humour au service de la dénonciation, on rit, beaucoup, mais on rit jaune le plus souvent, tant il est certain que la fin est proche et que l'homme est capable des pires horreurs. La partition de Peter Sellers est formidable, dans la peau du froussard et isolé officier Mandrake, d'un président des Etats-Unis balbutiant et de ce cynique et formidable Dr Folamour, personnage bref et tardif, mais d'une drôlerie et d'un effroi sans nom. La salle de guerre est un lieu mythique, endroit de toutes les absurdités et de toutes les sottises, où la question de la vie sur terre se joue aux côtés d'un buffet froid, d'un premier ministre russe ivre ou d'une fiancée impatiente au bout du téléphone. Tout cela est macabre, jusqu'au dénouement final, ce rodéo, ce "I can walk, mein furher" et ces bombes qui explosent. Avoir su allier à ce point l'humour et la dénonciation, des scènes cultes et hilarantes avec des personnages aussi inquiétants et cyniques témoignent du brio de Kubrick. Si la mise en scène est de très bonne facture, sans être excellente, si l'on a tendance à préférer les scènes du QG ou de la base du général Ripper à celles se déroulant dans le B-52 (mis à part cette dinguerie d'ouverture de kit de survie) qui font un tantinet freiner le rythme décapant du film, on ne peut que s'extasier devant la richesse des dialogues et des personnages, la direction d'acteurs et cette histoire rocambolesque et apocalyptique totalement maîtrisée.