Sous l'Occupation -durant la Collaboration, devrais-je dire, puisqu'on ne voit aucun allemand mais beaucoup de policiers français...- Monsieur Klein dépouille avec prévenance des juifs obligés de brader leurs biens. C'est un bourgeois, un profiteur de guerre, totalement indifférent au sort des juifs jusqu'au jour où ,simple méprise ou machination, spoiler: il devient lui même un juif sous la menace.
Monsieur Klein découvre, au cours d'une errance qui constitue l'essentiel du récit, le malheur d'une communauté vis à vis de laquelle il clame son innocence, l'innocence étant, en cette période, de n'être absolument pas juif. Jusqu'à douter de lui-même. Le film de Joseph Losey n'est pas seulement comme une fable tragique où un homme subit la punition de ses victimes; le caractère irrationnel de la mise en scène, presque kafkaien, entraine une réflexion complexe et métaphysique sur la notion d'identité. Implacable et sombre, l'intrigue condamne Klein, bon français dans la "norme", à un sort peut-être dramatique. Les scènes d'ouverture et de dénouement, qui présentent Monsieur Klein dans un état puis dans l'autre, sont puissantes et cruelles. La composition d'Alain Delon est brillante, comme l'est la mise en scène de Losey.
Un tableau sobre mais sans concession de l’antisémitisme français pendant la guerre (qui offre accessoirement à Delon un rôle en forme de clin d’oeil, écho à Plein Soleil). La démonstration (par l’absurde) est magistrale, le film un peu moins, suite de vignettes d’un classicisme froid et terne, où se détachent quelques beaux moments de mise en scène. L’ennui n’est jamais loin, mais le film vaut davantage pour sa mécanique bien huilée, qui nous achemine insensiblement vers un final glaçant, que pour le plaisir qu’il procure.
Assez déçu, il faut bien l'admettre... J'attendais ce film depuis longtemps et puis... Et puis... Mise en scène assez convenue, Delon assez insignifiant, rythme lent parfois même ennuyeux. L'histoire est pas mal mais l'œuvre a pris un petit coup de vieux qui m'a du coup gâché mon plaisir . Dommage.
Totalement investi dans ce personnage de Monsieur Klein, Delon subjugue par la qualité de son interprétation dans un de ses plus grands rôles... Il crève l'écran dans cette histoire tragique et bouleversante, véritable pamphlet contre l'antisémitisme... Un chef d'oeuvre de noirceur et de réalisme à voir absolument...
Dès le début, c'est mystérieux, la curiosité est attisée, il y a du suspens. On a vraiment envie de savoir la suite... mais j'ai eu l'impression que le réalisateur ne savait pas comment s'en sortir avec son intrigue, qu'il ne savait pas comment finir son film, comment expliquer tout le mystère du début. Du coup les 30 dernières minutes cumulent des situations qu'on ne comprend pas très bien, et qui n'expliquent pas vraiment toute l'intrigue. C'est dommage.
j'avais vu ce film il y a très longtemps à la télé et je n'en avais qu'un vague souvenir. Je viens de le revoir en salle à l'occasion d'une rétrospective Delon, et le film m'a scotché. Le voir sur grand écran ajoute sans doute de la puissance mais je m'en veux de n'avoir pas été happé par le film à ma première vision. Ce film étant évoqué comme l'un des meilleurs films de l'acteur lors de sa mort, c'est celui que j'ai choisi de revoir et je ne le regrette pas. L'ambiguïté du personnage de M. Klein est fascinante : de la veulerie écœurante à l'héroïsme (involontaire ?), on a du mal à le saisir, si bien qu'il incarne à merveille les ambivalences de la période trouble de l'occupation nazie à Paris. L'ambiance poisseuse à souhait, la collaboration de la police de Vichy dans la shoah, la bêtise ordinaire de l'antisémitisme, l'angoisse sourde qui monte progressivement, tout tout ceci est évoqué avec brio par la subtile mise en scène et un scénario sur le fil du rasoir, avec un Delon magnétique. Une belle redecouverte pour moi, et je pense un film à voir absolument pour ceux qui ne l'ont pas vu, surtout dans la période actuelle en France, marquée par la montée de périls similaires à ceux des années 1930-40.
Pas bien aimé ce spoiler: final en queue de poisson un peu frustrant . J'ai apprécié le scénario qui monte en tonalité petit à petit. On découvre un personnage profiteur de la situation "juive" et qui peu à peu se retourne contre lui jusqu'à l'inévitable.
Labyrinthique et parfois confus, on peine un peu à saisir ce qui pousse Robert Klein à aller aussi loin dans la quête de l‘identité de son homonyme allant jusqu’à prendre sa place. De profiteur de guerre, il va peu à peu passer du côté des victimes. Un film froid et intrigant.
Un film complexe, particulier, très à part dans le cinéma en général. Un drame où la tension est présente de bout en bout, bien que la première partie du film soit beaucoup plus prenante et plus intéressante que la deuxième et je me suis ennuyée à plusieurs reprises. Une quête anxiogène de la vérité, dans laquelle le grand Delon est impeccable.
Redoutable film sur le double, l'identité, la folie qui gagne, Monsieur Klein est un film tout en énigme sur le régime de l'occupation, et les horreurs qu'il a engendré. Losey montre la promiscuité des êtres, des sentiments, quelque soit leurs différences. Comme dans la Liste de Schindler, le héros bénéficie d'un système sauf qu'ici, il passe de chasseur à chassé. Tout semble être remis en question, jusqu'à l'identité de ce Mr Klein Homonyme, que Robert Klein, alias Alain Delon, recherche tout le film durant tel un fantome insaisissable. Plus il le cherche, plus il semble en être proche jusqu'à en épouser le destin. A ce sujet, l'acteur réalise une performance remarquable ou son charisme et son mystère sert de véhicule aux interrogations du spectateur perdu dans le labyrinthe émotionnel de Joseph Losey qui réalise un grand film sur la perte de soi. La reconstitution est un sans faute, inquiétante, troublante, avec une photo sombre, et se termine dans une forme de crescendo sur la rafle du Vel d'Hib.
Il y a des films qui trouvent leur public et d'autres pas et on ne sait pas expliquer pourquoi. Pour ce qui est de "Monsieur Klein", on comprend pourquoi il n'y a pas eu grande foule pour aller le voir. Après tout, à grands coups de propagande et avec une malhonnêteté intellectuelle presque fascinante, on faisait tout ce qui était possible pour donner l'image d'une France entièrement résistante lors de l'Occupation. Or, ce film jetait au visage du public quelque chose qu'il ne voulait pas voir. Non pas par traumatisme (quoi qu'il fut encore très présent) mais par lâcheté. N'oublions pas qu'il est ici question d'un marchand d'art qui, sans n'en avoir jamais dénoncés, s'est enrichi sur le dos des juifs persécutés par le régime pétainiste. Il aura fallu quelques années pour ça mais, justice a été rendue et "Monsieur Klein" est aujourd'hui estimé comme il aurait dû l'être dès le départ. Un monument de notre cinéma, tout simplement et un (si ce n'est le plus grand) des grands faits d'armes de la carrière d'Alain Delon.