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ANDRÉ T.
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4,0
Publiée le 16 janvier 2021
Film étrange et ambigu, où à travers un concours de circonstance, Mr Klein personnage bourgeois sans scrupules, qui profite de la vulnérabilité des autres pour faire de bonnes affaires, part à la recherche de lui-même… Alain Delon est toujours au sommet !
Enfin un rôle de composition de Alain Delon qui ne joue pas du Alain Delon. Dans un climat plutôt lugubre, durant la seconde guerre mondiale, un monsieur klein en cherche un autre qui pourrait être juif, sur une usurpation d'identité, que la guestapo recherche évidemment. Une machination. Les décors sont fabuleux, les dialogues sont intelligente, la réalisation est passionnante et un bon casting avec notamment Jeanne Moreau, Jean Bouise, Michael Lonsdale avec sa voix reconnaissable. Et l'apparition d'un certain Gérard Jugnot. Un bijoux glaciale, emprunt d'humour costique. Un très beau drame.
Joseph Losey réalise une superbe reconstitution de la France occupée et totalitaire (en 1942) avec une ambiance anxiogène, oppressante et absurde [plus efficace que celle du « Procès » (1962) d’Orson Welles, adapté du roman éponyme de Franz Kafka (1883-1924)]. C’est une tragédie qui commence dès que Robert Klein (Alain Delon), marchand d’art vivant confortablement dans le VIIe arrondissement de Paris, reçoit, dans son courrier, un exemplaire du journal « Informations juives » (spoiler: d’après son père, qui vit à Strasbourg, sa famille est française et catholique depuis Louis XIV ) et qui l’entraine, dans une spirale, à la recherche de son homonyme et finalement vers son funeste destin. Personne n’est sympathique, y compris Alain Delon, peu concerné par le sort des Juifs. Qu’importent les anachronismes, que la rafle symbolisant celle du Vél’ d’Hiv, soit tournée en hiver alors qu’elle a eu lieu en juillet 1942.
Plutôt que de s'attacher à représenter précisément et exhaustivement l'horreur de l'occupation et de la déportation, Losey prend le parti du thriller psychologique recentré sur un personnage et sa quête identitaire. Dans un récit d'inspiration kafkaïenne, il parvient donc à montrer l'absurdité de la traque organisée par les Nazis, tout en soulignant au passage la complicité criminelle de l'administration française. L'occupant allemand, quant à lui, est quasiment invisible. Convaincant et glaçant.
L'histoire d'une confusion d'identité entraînant une conversion. Servie par de grands acteurs tels Alain Delon, Jeanne Moreau et Michaël Lonsdale. Un vraie film historique aux décors minutieusement reconstitué. Dans l'atmosphère de honte d'une occupation due à une défaite absolument inacceptable face à un adversaire monstrueux.
1942, Robert Klein profite du désarroi des juifs pour faire des affaires très lucratives en négociant à bas prix leurs œuvres d’art. Peu enclin à faire preuve d’humanité, il est à l’image de bons nombre de français qui profitèrent du système Vichyste ; la loi était de leur côté. Klein est un personnage cynique à souhait. Il dit : « je ne discute pas la loi, mais elle ne me concerne pas » lorsqu’on le prend pour un juif. « Je n’ai rien à voir avec tout çà ». Peu importe les agissements de la police française à la solde des nazis, il n’est pas touché et çà lui permet même de faire des affaires. Mais voilà tout bascule le jour où il est pris pour un juif. Un homonyme se sert de lui comme couverture. Et là, « le bon français » doit fournir des certificats prouvant sa non juiveté. Il part alors à la recherche de cet homonyme ; innocemment, pensant qu’en tant que français il ne risque rien. Le persécuteur devient le persécuté et l’indifférence fait place à la prise de conscience. Ce film est une démonstration par l’absurde ; absurde comme la situation dans laquelle est plongée M. Klein. Comme chez Kafka, là, Mr Klein se retrouve pris au piège d’une justice absurde et arbitraire. Cette absurdité Kafkaïenne revêt comme limite l’invraisemblance d’un scénario au centre duquel campe un homme courant à sa perte lors de sa quête d’identité. Car il s’agit tout autant d’une condamnation de l’inhumanité de certains par Joseph Losey que d’une quête d’identité. Losey, subtilement, condamne tout ces français qui ont fermés les yeux soit par conviction, soit par couardise ou pire par intérêt, comme Klein. Le scénario est mystérieux et hermétique, mais le film parvient tout de même à rendre une atmosphère tendue digne d’un thriller psychologique et métaphysique. Un cauchemar qui devient réalité avec des zones d’ombre parfois dérangeantes dans le scénario ; mais un film, qui en 1976, eut le mérite de montrer pour la première fois la rafle du Vel d’Hiv’. Un film qui confronta les français à leur propre histoire.
Monsieur Klein est un film important et qui, même s’il n’est pas le meilleur film de Joseph Losey, est une réussite qui conjugue efficacité du scénario, mise en scène brillante et une interprétation hors paire d’Alain Delon. Il règne un univers très « kafkaïen » dans ce film qui renvoie au procès (Joseph K. accusé d’un délit dont on ne connaît pas la nature) ou au Château par le trajet sans fin d’un Monsieur Klein qui voit son identité se déstructurer au fur et à mesure de l’avancée du film alors qu’il part pourtant à la recherche d’une vérité bien subjective. Clin d’œil d’ailleurs au Proçès d’Orson Welles puisqu’une scène du film de Losey a été tournée dans la gare d’Orsay, lieu même du tournage du film de Welles. Le personnage Monsieur Klein semble s’évaporer au fur et à mesure de la recherche de son double mais paraît aussi empreint d’une certaine culpabilité dans un univers rempli d’une absurdité, à la lisère du malaise (voir la très belle scène au château) ou du fantastique. Finalement un des meilleurs hommages à Kafka. Losey apporte à l’image du malaise et de l’ambiguïté, grâce à un scénario bien écrit, à un sens des plans rare (on se souvient de la scène du miroir dans le café). L’interprétation d’Alain Delon, très investi dans le film (il a produit le film et l’a lancé), est pour beaucoup dans cette réussite, de même qu’un Michael Lonsdale profond et à un Jean Bouise, ainsi qu’à Jeanne Moreau forts ambigus. Le visage d’Alain Delon devient de plus en plus blême, happé par l’interrogation et la peur. La scène de la rencontre du chien et de Klein est drôle et tendre et la fin du film, lors de la rafle est d’une puissance rarement égalée. Il faut aussi ne pas oublier la scène d’ouverture, très forte, qui donne d’entrée le ton de cette œuvre plus qu’un film centrée sur la cause feuj qui pourrait aussi renvoyer à l’histoire de Losey, pourchassé par le Maccarthysme. Un film qui ne se laisse pas facilement oublier et dont l’impact ne se produit pas uniquement sur le moment.
Oeuvre brillante sur l'absurdité du monde, sur les massacres causés par l'égoïsme et la stupidité. Ne sommes nous pas tous au final, en une partie de nous-mêmes, juifs. Qu'est ce qu'être juif, quel est le réel sens de cela? Tant de questions qui apparaissent ici avec une certaine intensité, la question de l'identité de Klein révèle celle du monde : sommes nous tous réellement ce que nous pensons être? Et pour cette raison, peut-il légitimement condamné ou laissé mourir ce qui le sont par ce qu'on prétend être ce qu'ils ne sont que marginalement. Film qui sonne également comme une vengeance, non pas animale mais raisonnable, d'un homme qui condamne autrui uniquement pour son intérêt propre : à travers cette magnifique scène au théâtre, est ce finalement véritablement la représentation du juif comme voleur qui nous fait rire, ou plutôt le fait de savoir que, par cette représentation, c'est notre propre liberté qui est garantie. Scène qui revète cet aspect essentiel, derrière les rires du français, il y a le coeur d'un homme apeuré, d'une femme tourmentée, d'une humanité détruite. Au délà d'un scénario de qualité, l'oeuvre jouit d'une mise en scène qualitative, dans les tons naturalistes de Losey. Les plans sont bons, la gestion du mouvement est de qualité et Alain Delon réalise une belle performance. Très bon film. (15/20)
Pour certain ce film se verra porté aux nues, mis sur un piédestal etc. Pour ma part, il n'en ai rien. Ce film est certes intéressant voire captivant mais je dois bien avouer que je n'ai pas parfaitement saisi la trame du film : à aucun moment, on ne sait pourquoi spoiler: le Klein résistant a voulu qu'on l'identifie au Klein vendeur d'art . On le suppose, mais jamais on ne l'entendra de sa bouche. Une grosse frustration pour moi! De plus Wikipédia, parlant de ce film, nous apprend pas mal de chose sur les décors, les peintures qui me sont restés complètement étranger, tant cela est métaphorique voire interprétatif. Un côté un peu trop intellectuel pour moi, semble-t'il! Les acteurs sont très bons, normal, il y a Alain Delon. Par contre, on est presque étonné de voir si peu d'allemand durant tout le film, malgré l'occupation ; un choix du réalisateur, parait-il! A voir pour le côté historique de ce film mais surtout par son côté "enquête policière".
Un excellent film sur l occupation et surtout la persécution des juifs dans notre pays. On suit l histoire de Mr Klein (très sobre Alain Delon), qui fait des affaires avec les œuvres d art et pour qui cette période s avère "florissante". Il n est pas antisémite, ce qui le caractérise c est son indifférence au sort qui est fait aux juifs. Seulement quand il va recevoir un journal juif à son nom, il va chercher qui peut être cet homonyme et petit à petit se mettre à sa place jusqu à se perdre lui même. Montrant que le racisme et l antisémitisme ne peut se développer dans une population s il n y a pas une indifférence générale et montrant le phénomène de groupe qu ils représentent (formidable scène du cabaret), Mr Klein est une montée crescendo dans la froide folie de cette époque avec en point d orgue l effarante scène de la rafle. À voir.
La ressortie en salles, en copie restaurée d'un des plus importants films de la carrière de Joseph Losey et d'Alain Delon permet de le revoir opportunément dans des conditions optimales.
Tout a déjà été dit sur ce film exceptionnel dont sa nouvelle présentation et sa nouvelle vision, ne font que confirmer l' importance pres d'un demi siècle après sa sortie.
C'est aussi, par-delà le contexte historique kafkaïen, un film sur l'indifférence, tropisme humain sur lequel d'ailleurs disserte le personnage incarné par Louis Seignier, lorsqu'il apparaît à l'écran.
C'est peut-être là que finalement se cache une partie de la tragédie humaine, la difficulté ( le désintérêt ?) à se mettre à la place des autres. Certains philosophes parleront de l'inaptitude à la pensée élargie.
L'indifférence c'est aussi ce que représente le Robert Klein incarné par Alain Delon qui part à la recherche de l'autre Mr Klein, mais surtout finalement à la recherche de lui-même et de son humanité.
Malheureusement pour le spectateur, la suite de la carrière de Delon, ni de Losey d'ailleurs, ne donnera plus lieu à un film d'une telle densité, d'une telle force émotionnelle et d'une telle perfection.
Film de Joseh Losey, Monsieur Klein est un bon film pour son histoire intriguante. Mené par Alain Delon, le film prend du sens au fur et a mesure du film. Bon film !
C’est tout autant un film de la production de qualité française (et d’ailleurs une production d’Alain Delon lui-même) qu’un film personnel de Losey. Un excellente reconstitution très bien soignée, avec de bons comédiens, dénonçant une des pages les plus honteuses de l’histoire nationale. Mais l’aspect kafkaïen du scénario a beaucoup gagné à la réalisation de Losey, spécialiste des histoires étranges, des arrières fonds freudiens. Tout l’intérêt de « Monsieur Klein » est d’illustrer la cruauté absurde d’une époque par un destin individuel aussi absurde qu’implacable, frappant un personnage sans conscience au départ. Et aussi d’être exact et sans concession dans ce qu’il montre de la persécution antisémite du régime de Vichy : des examens médicaux ignobles et ridicules, une police sans pitié, l’inhumanité abjecte des rafles de juifs menées par cette même police française… il n’y a pas eu tant de film français ayant eu le courage de mettre cela en scène, qu’il ne faille saluer très respectueusement « Monsieur Klein » du tandem Delon-Losey.
Malgré ses trois Césars pour sept nominations, je n’avais jamais entendu parler du film « Monsieur Klein ». Si je l’ai mis a enregistrer, c’est parce que le synopsis me plaisait bien. Dès les premières minutes, on est plongé dans cette histoire. On découvre ce fameux Monsieur Klein qui tout de suite nous paraît antipathique. Sa déchéance va donc être assez intéressante à suivre surtout qu’à travers son regard, le spectateur va être inviter à découvrir comme lui la gravité de la situation pour les personnes qui l’entoure durant cette guerre. Si de nombreux films ont déjà traité de ce sujet, le scénario parvient toutefois à rester efficace et à faire froid dans le dos à certains moments. Impossible en effet de ne pas penser à la rafle du Vel d’hiv’ qui n’est jamais évoqué ici mais dont la référence est flagrante malgré les imperfections historiques dans cette oeuvre de fiction. Quoiqu’il en soit, Alain Delon (Robert Klein) porte le film sur ses épaules. On le déteste puis on fini malgré tout à vouloir le suivre dans sa quête de vérité même si son fameux homonyme est très vite prévisible. Charismatique, l’acteur parvient à jouer sur plusieurs tableaux. La réalisation de Joseph Losey est très bonne. Je me suis bien retrouvé plonger dans cette période d’occupation malgré là encore les quelques imperfections historiques. Les décors et les costumes m’ont plu et au final, la seule chose que je regrette réellement, c’est les quelques longueurs avec certains gros plans qui s’attardent trop et ralentissent l’intrigue à mon sens. « Monsieur Klein » mérite en tout cas clairement le détour et continue de me travailler, plus que ce que je pensais, plusieurs heures après la fin de mon visionnage.