Monsieur Klein
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Bruno François-Boucher
Bruno François-Boucher

125 abonnés 164 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 1 mars 2016
"Monsieur Klein" est l'un des plus grands fims de Losey et l'un des meilleurs de Delon qui y est remarquable. Sans oublier les seconds rôles, exceptionnels : Jeanne Moreau, Jean Bouise, Suzanne Flon, Michel Lonsdale, Louis Seigner, Francine Bergé... et j'en passe. Tout contribue dans ce film, la photo de Gerry Fisher, les décors, la musique de Egisto Macchi, à apporter une atmosphère oppressante, glauque, suintante, quasi expressionniste. Le mal y rôde en permanence; tout comme un sentiment de malaise qui se faufile entre chaque plan, tout semblant s'enfoncer inexorablement dans un monde décadent et mortuaire, fait de décrépitude, d'isolement, prélude à une extermination programmée. Un labyrinthe où l'humain perd comme Klein peu à peu son identité pour ne plus être que son fantôme squelettique l'amenant progressivement à Dachau ou à Auschwitz. Chacun est Klein, devenant l'objet des bourreaux par le jeu pervers de manipulation mentale qui conduit progressivement à la perte de l'identité, du moi, chacun finissant par succomber malgré lui au processus de destruction orchestrée par la machine d'anéantissement nazie. On pense parfois au "Testament du Dr Mabuse", le monde devenant kafkaïen, diabolique, aboutissant à cette séquence terrifiante et inouïe de réalisme qu'est celle de la rafle du Vel d'hiv. Rarement un film aura montré et avec un souci de précision exemplaire le processus d'infiltration du mal dans les consciences quitte à en rendre le spectateur mortifié, pris au piège, scellé à double tour, cadenassé vers les convois de la mort. Qui est Klein ? Nous ? L'autre ? Celui qu'on cherche ? Qu'on chasse ? Qu'on persécute ? Et pourquoi lui ? Et pourquoi pas nous ? C'est là toute la question posée par le film dont la seule réponse est que Losey a voulu que nous soyons nous-mêmes l'instrument de ce qu'il dénonçait.
anonyme
Un visiteur
3,0
Publiée le 1 mars 2016
J'ai revu le film sur ARTE. Belle ambiance... Mais vision datée, floue... La précision historique a fait des progrès ça ne passerait plus maintenant. L'évocation de la rafle du Vel d'Hiv est forte mais inexacte. En effet, il n'y avait pas de ligne de chemin de fer dans les sous sols du Vel d'Hiv pour envoyer les gens directement dans les camps. Ils étaient d'abord transférés à Drançy ou autres camps de transit (c'est important parce que la chute de l'histoire est basée là-dessus).
De plus, Robert Klein, français depuis Louis XIV comme dit son père, serait soupçonné d'avoir peut-être une grand-mère juive (mais son père, lui, n'est pas inquiété alors qu'il serait demi-juif et Robert seulement 1/4 ?)
Le code de Nuremberg et la statut des Juifs de 1940 disaient clairement qu'on est juif si on a trois grand-parents juifs. Deux grand-parents suffisent si on pratique la religion juive. Robert Klein a peut-être une grand-mère juive, et en aucun cas ne pratique la religion juive. Il ne peut donc selon la loi même de l'époque être défini comme juif.
Sachant aussi que pendant l'Opération Vent Printanier (nom de la rafle vue par les flics) ils ont surtout arrêté des Juifs étrangers, il est parfaitement invraisemblable qu'un personnage comme Robert Klein ait pu être visé.
Cela dit l'ambiance de Paris 1942 est très réussie, à part le détail qu'il semble faire froid, ils portent tous des pardessus, en particulier Mr Klein. Belle image, certes, mais la rafle a eu lieu le 22 juillet 1942, et c'était un été particulièrement chaud. Donc l'ambiance grisâtre, si elle souligne bien le propos, n'est pas historiquement appropriée. Je trouve d'ailleurs qu'être raflé par une belle journée d'été est bien pire. Le contraste entre le malheur et le beau temps fait ressortir le malheur, avec une nature en fête, semblant ignorer l'injustice et la souffrance humaine, comme si Dieu était véritablement absent.
Vincent D
Vincent D

7 abonnés 123 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 24 février 2016
Monsieur Klein prend quelques libertés avec la réalité , lui donnant ainsi une portée universelle ( à l'image des romans de Kafka)au détriment de l'impression du vécu
Es ce que cela fonctionne ? Au moins partiellement mais certaines scènes me paraissent me paraissent décalées
Notamment celles avec Jeanne Moreau, personnage au contour imprécis et éthéré ne sont pas claires pour moi et ne s'inscrivent pas dans un parcours cohérent.
Pourquoi cette rencontre dans cette villa et ces dialogues improbables?
Peut être je n'ai simplement pas compris tout le film.
Roub E.

1 325 abonnés 5 428 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 24 février 2016
Un excellent film sur l occupation et surtout la persécution des juifs dans notre pays. On suit l histoire de Mr Klein (très sobre Alain Delon), qui fait des affaires avec les œuvres d art et pour qui cette période s avère "florissante". Il n est pas antisémite, ce qui le caractérise c est son indifférence au sort qui est fait aux juifs. Seulement quand il va recevoir un journal juif à son nom, il va chercher qui peut être cet homonyme et petit à petit se mettre à sa place jusqu à se perdre lui même. Montrant que le racisme et l antisémitisme ne peut se développer dans une population s il n y a pas une indifférence générale et montrant le phénomène de groupe qu ils représentent (formidable scène du cabaret), Mr Klein est une montée crescendo dans la froide folie de cette époque avec en point d orgue l effarante scène de la rafle. À voir.
pierrre s.

569 abonnés 3 446 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 22 février 2016
Dans la période trouble et douloureuse de l'occupation, nous suivons l'histoire d'un homme, qui va petit à petit perdre son innocence et sa naïveté. Dans cette quête identitaire, Alain Delon joue juste, et trouve l'un de ses meilleurs rôles.
soulman
soulman

141 abonnés 1 437 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 22 février 2016
Un grand film qui ne vieillit pas. Delon donne beaucoup de profondeur et d’ambiguïté à son personnage qui passe du statut de dominant à celui de dominé, puis d'opprimé. L'organisation de la société française durant la guerre est très bien observée par Losey, lequel met le doigt sur les diverses lâchetés des plus aisés et sur la condescendance (au mieux) des forces de police (le commissaire interprété par Michel Aumont). Les personnages féminins sont particulièrement bien construits, servis par les superbes Juliet Berto, Suzanne Flon et Jeanne Moreau.
Jonathan M
Jonathan M

169 abonnés 1 529 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 24 août 2021
Nous sommes en 1942, et pourtant pas le moindre chaos de la guerre. Une guerre oui, menée de l'intérieur par Alain Delon. Son personnage est double, non pas par filiation comme dans la tulipe noir, mais par inadvertance. Le film est la quête de cette fausse identité, dont la clé n'est pas vraiment une énigme. C'est plutôt un homme de la bourgeoisie qui cherche un autre regard sur lui. Pourquoi est-il visé? Paie t-il les pots cassés? Ou alors tout simplement la rançon de ses origines ? La fin va donc dans ce sens, et laisse entendre qu'il y a résignation.
soniadidierkmurgia

1 455 abonnés 4 361 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 5 novembre 2015
Homme de gauche aux convictions humanistes profondément ancrées, Joseph Losey connait bien la condition de paria, ayant été contraint de quitter les Etats-Unis lors de la montée du maccarthysme au début des années cinquante, ce qui l’amena à poursuivre la riche carrière que l’on connait en Europe. Il n’est donc pas étonnant de le voir s’associer avec Alain Delon, encore dans sa période créative, pour deux films qui racontent chacun l’histoire d’hommes en rupture d’identité. Trotski tout d’abord (« L’assassinat de Trotski » en 1972) cherchant à se faire oublier au Mexique des séides de Staline, Robert Klein ensuite qui au contraire cherche à retrouver l’identité qu’on est en train de lui subtiliser. Robert Klein symbolise à lui seul le comportement tant dénoncé d’une haute bourgeoisie parisienne qui continuait à jouir de ses privilèges pendant que le reste de la population devait s’habituer aux restrictions, n’hésitant pas le plus souvent à s’accommoder de la présence de l’occupant nazi. Par une scène introductive d’une violence psychologique insoutenable, Losey dépeint sans détour le contexte général de son film, qui nous en sommes prévenus d’entrée, n’est pas fait pour délasser mais bien pour réveiller les consciences. La femme juive examinée, on devrait plutôt dire soupesée, comme du bétail par un médecin ayant depuis un moment déchiré le serment d’Hippocrate, nous rappelle la faculté animale de l’homme à chosifier son semblable quand il est mû par la crainte, l’avidité ou encore plus dangereux par une idéologie délirante. Robert Klein lui, comme bien d’autres, applique le précepte des trois singes de la sagesse : « Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire ». Mieux, il s’est dit que le sort réservé aux juifs était pour lui, marchand d’art, une occasion unique de faire des affaires en or. C’est bien connu, « le malheur des uns fait souvent le bonheur des autres ». En dix minutes à peine, Losey nous a exposé la cruauté de l’Occupation avec ses paradoxes. C’est ce constat amer qu’il va désormais s’appliquer à corriger le reste du film, en montrant que chacun peut un jour être le « juif de l’autre ». Robert Klein dans sa robe de chambre en satin est plein d’un sentiment d’invulnérabilité qui lui donne cette morgue qu’il ne peut s’empêcher de renvoyer à celui dont la détresse l’oblige à se séparer de biens qui lui sont chers. C’est d’abord incrédule, intrigué puis inquiet et enfin horrifié qu’il découvre qu’un juif qui se cache utilise son identité, le conduisant dans une quête tout à la fois kafkaïenne et rédemptrice dont Losey ne nous donnera jamais toutes les clefs, laissant volontairement le spectateur face aux questions qu’il doit se poser confronté à de tels évènements. Alain Delon à l’origine du projet, livre une performance assez troublante qui le voit se transfigurer au fur et à mesure que Robert Klein prend conscience du sort réservé à ceux dont il tirait cyniquement mais aussi par insouciance sa nouvelle fortune. Pris dans la gangue qui progressivement l'étouffe, il écarte toutes les échappatoires qui se présentent à lui comme prisonnier d’une mauvaise conscience qui aurait pris les commandes de ses mouvements. L’acteur livre sans doute là une de ses plus grandes interprétations montrant des nuances dans son jeu que beaucoup lui contestaient. Le film pourtant récompensé aux Césars n’aura pas le succès qu’il méritait, réveillant sans doute trop brutalement des comportements que pudiquement chacun avait préféré oublier. Il reste désormais solidement accroché comme un des hauts faits d’armes de la filmographie d’Alain Delon et ce n’est que justice.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 6 février 2015
Ce film est oppressant, on comprend le héros d'un côté mais de l'autre on a envie de lui dire "tire-toi !" Alain Delon prouve qu'il était un grand acteur.
orlandolove
orlandolove

176 abonnés 1 736 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 7 janvier 2015
La mise en scène est très soignée, et l'interprétation impeccable. Tant que le scénario reste structuré, "Monsieur Klein" réserve quelques scènes fortes (l'ouverture chez le "médecin, la pièce de théâtre, les répétitions de la rafale) , et d'autres séquences intrigantes flirtant joliment avec le fantastique (le château). Mais à vouloir mélanger trop de genres et d'idées (antisémitisme, trouble de la personnalité, culpabilité), le spectateur se noie un peu et saisit difficilement le sens du film.
gvnm73
gvnm73

8 abonnés 189 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 24 décembre 2014
L'autre collaboration, passive, n'est pas plus pardonnable.

Paris, sous l'occupation, Monsieur Klein est un homme d'affaires. Pas vraiment engagé, il ne fait pas de politique. Il feint de ne pas voir la réalité et profite de la situation désespérée des juifs pour acheter à vil prix leurs collections d'art.
Pourtant, le malheur de ces persécutés par un état français décrit comme une machine aveugle et impitoyable, le rattrapera et il sera obligé de défendre ses origines aryennes jusqu'au point de non retour.
Alain Delon, qui fut le producteur du film, interprète avec talent et justesse ce personnage aux multiples contradictions, mais M. Klein souffre d'une réalisation trop théâtrale et manquant cruellement, au regard des critères d'aujourd'hui, de rythme et d'émotions.
Ps.
Je recommande particulièrement à chacun de découvrir ou revoir de vieux films à l'espace Jacques Tati rue des écoles. Avant chaque séance, il y a une petite présentation du film à l'affiche, ce qui est vraiment instructif et agréable.
Daniel C.
Daniel C.

173 abonnés 734 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 28 novembre 2014
C'est important de savoir que ça peut arriver. C'est important de savoir que ça a eu lieu. C'est important de savoir qu'un ministère a pu être dévolu aux questions juives. C'est important de savoir que la police française et les fonctionnaires qui la composent ont eu à intervenir pour permettre à la rafle du Vel d'Hiv de se dérouler sans encombres. Les gens ont été interpellés et ont coopéré à leur enfermement, c'est en tout cas ainsi que le film nous le présente. Les gens sont dans des bus, qui passent près d'un marché, où les gens font leurs courses. Personne ne semble songer à se révolter, à s'enfuir. La soumission est-elle l'effet de la peur paralysante? L'atmosphère du film de Joseph Losey est étouffante, oppressante. La quête identitaire d'Alain Delon est le fil conducteur du film. La judéité est quand même un drôle de concept et lui semble aspiré par cette question. Qu'Alain Delon soit allé chercher Losey pour réaliser le film et qu'il s'engage, outre dans le rôle titre, à produire le film, est un acte courageux et engagé. Quel être complexe et étrange que cet homme, qu'est Alain Delon... Le devoir de mémoire, c'est de ne pas oublier que la barbarie, la folie, l'inhumanité peuvent parfois gouverner le monde. Joseph Losey a d'ailleurs qualifié son film de "fable en guise d'avertissement". Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.
Simon P.
Simon P.

50 abonnés 121 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 2 février 2017
Un très bau film
Une belle mise en scène pour une interprétation impeccable. Une magnifique allégorie de la mort, vraiment bravo
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 7 avril 2014
un film que on aime ou que on rejette de suite, mais un film quand même bien particulier avec une ambiance que n'aurait pas renié Kafka bien évidemment. l'interprétation solide de Alain Delon ne plombe pas ce film, contrairement à ce que on aurait put pensé,bien au contraire.
Truman.
Truman.

276 abonnés 1 364 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 6 décembre 2013
Mr Klein n'est pas encore un de ces nombreux films parlant de l'occupation et des déportations, il le fait bien évidemment car ça reste le sujet principal mais il le fait avec un oeil nouveau sur fond d’oppression d'un état policier qui harcèle et d'incompréhension dans un engrenage mortel .

On se place au coté de Mr Klein ( se prononce clin ) vendeur d'art qui mène la belle vie pendant l'occupation . Il n'est pas juif mais représente malgré lui la caricature du sémite avide d'argent et toujours prêt a marchander .
Il ne se soucie guère de ce qui se déroule autour de lui jusqu'au jour ou il reçoit un journal israélite . Très vite il se rend compte qu'il a un homonyme qui risque de le mettre dans l’embarra a cause de l’abonnement au journal et décide de le trouver .

Et voilà que Mr Klein malgré lui sera poussé dans une foule d'incompréhension, dans une spirale infernale de doutes ou les policiers le soupçonnent d’être juif et lui qui veut comprendre qui est l'autre Klein .
D'un homme froid, cynique et indifférent Klein deviendra un homme craintif, le film met autant en avant la quête d'identité que l'indifférence des gens par rapport aux autres .
Une dénonciation subtile de l'occupation et du "chacun pour sa gueule" ou la propagande semble ne pas titiller l'oeil de la population fermant les yeux face a l'oppression .

Alain Delon d'une grande sobriété porte a lui seul l'intégralité du film, grandiose, le tout dans une réalisation simpliste et très correct .

Le final aussi intelligent que percutant donne une vision glacial de la descente aux enfers que subit Klein et offre plusieurs interprétations très intéressante .
Intelligent, profond, et réussit cette vision de l'occupation est une vision des plus froide et différente de ce a quoi on est habitué d'ordinaire au cinéma, un film bluffant .
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