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Cricriiiiiiii
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1,0
Publiée le 5 août 2026
Un hermétisme rédhibitoire se dégage de ce film, tant sur la forme (photo fade, plans basiques) que sur le fond (dialogues minimalistes, personnages limités). Maintenir l'intérêt avec un tel postulat nécessite une précision chirurgicale qui fait complètement défaut ici.
Ce Robert Klein (Alain Delon) en quête tragique d’un double-homonyme afin de prouver sa descendance non-juive au temps de l’occupation allemande jette un malaise sur cette partie de la société française aisée se mélangeant à l’occupant allemand, profitant du désarroi des juifs en leur achetant leurs biens les plus précieux contre de l’argent afin de financer leur fuite ou l’exil sinon pour éviter les camps de concentration. La suspicion, les enquêtes de voisinage au service d’une milice policière renforce le discrédit de ces serviteurs de la collaboration avec l’ennemi de l’époque. Que de lenteurs et pourtant nous reconnaissons dans ce film un grand nombre d’acteurs talentueux, aujourd’hui disparus. Quant au scénario nonchalant pourvu de brèves répliques entre les personnages, on s’interroge parfois sur sa finalité. Alors, nous ne sommes pas certains d’avoir tout compris.
« Monsieur Klein » ou Alain Delon à contre emploi. Loin de ses rôles iconiques et habituels de policier ou de truand, Alain Delon incarne ici un personnage ordinaire embarqué malgré lui dans une situation qui va finir par le dépasser et lui faire tout perdre. Robert Klein est un riche marchand d'art, qui profite des lois antijuives du régime de Vichy pour faire des affaires. Par un malencontreux hasard, il va se retrouver obliger d’enquêter pour retrouver un homonyme juif qui pourrait lui attirer des ennuis. Comme à son habitude, Alain Delon se révèle excellent dans ce rôle différent de ce qu’on peut attendre de lui. Il est, bien sur, entouré d’une pléiade d’acteurs français de l’époque de haut vol. Le scénario est intéressant jusqu’au bout et maintient un certain mystère malgré une baisse de rythme au milieu du film. Mais c’est surtout la fin saisissante qui a marqué les spectateurs de l’époque et fonctionne toujours autant cinquante ans plus tard. Cette fin désespérée, qui renvoie à une page sombre de l’histoire de la France de l’Occupation, résonne encore comme un traumatisme pour ceux qui ont du la vivre. Note : 15/20
Paris, 1942 : l'identité s'y réduit à une fiche, une case administrative, et Joseph Losey filme l'horreur telle qu'elle a vraiment fonctionné, par des guichets, des ventes aux enchères, jamais par les larmes. Monsieur Klein, lui, applique sans ciller le precept des singes de la sagesse ("ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire") jusqu'à flairer dans la persécution une bonne affaire. Mais le vrai sujet n'est pas son enquête, c'est le gouffre qui s'ouvre sous lui : à force de ne regarder personne, il devient l'artisan de sa propre perte. Et derrière son cas, c'est toute l'indifférence française sous l'Occupation qui passe au tribunal : la police, la collaboration, cette complicité muette que personne ne veut nommer.
La scène d'ouverture contamine tout le reste du film. C'est là l'absurdité que Losey met à nu : trier les hommes selon une catégorie introuvable, ni tout à fait religieuse ni tout à fait biologique, pure fiction de formulaire. Homme de théâtre, le cinéaste refuse la violence frontale : sa caméra plane comme un démiurge menaçant, dans une grisaille clinique qui en dit plus long que mille discours sur la froideur de l'époque. C'est lent, parfois étrangement alambiqué, mais le malaise qui monte et l'absence de catharsis relèvent d'un choix autant éthique qu'esthétique. Le plus dérangeant tient à l'inversion qui ronge Klein : l'accusateur devient accusé, coupable sans faute, pris dans un cauchemar kafkaïen qui déborde 1942 et pourrait broyer n'importe qui, n'importe quand. On est tous un peu concerné.
Reste Alain Delon, ma plus grande surprise. Lui que je trouve d'ordinaire tout blanc ou tout noir, le voilà éblouissant de sobriété, calme et glacé pendant que tout brûle autour de lui. Pour aller chercher Losey en personne et produire un film pareil, prêt à se mettre en danger, il fallait un certain cran et Delon n'en manquait pas. Et si le cinéaste eut fort à faire avec le tempérament de l'acteur, il ne s'y trompait pas pour autant : à sa femme, il écrivait « il est une tragédie ». Cette part tragique qui le rendait si difficile à diriger, c'est elle, justement, qui faisait de lui l'homme providentiel pour incarner Klein.
Avec Monsieur Klein, Joseph Losey construit un fascinant labyrinthe identitaire où la culpabilité, le déni et la disparition progressive de soi se confondent dans une atmosphère de plus en plus oppressante. Alain Delon livre l’une de ses compositions les plus ambiguës, incarnant un homme dont l’assurance bourgeoise se fissure à mesure qu’il devient prisonnier d’un double insaisissable. La reconstitution du Paris de l’Occupation impressionne par sa froideur feutrée, où l’antisémitisme administratif et la violence d’État se déploient avec une inquiétante banalité. Mais, derrière la richesse symbolique du récit et la maîtrise de sa mécanique paranoïaque, le film paraît parfois plus captivé par son mystère conceptuel que par l’épaisseur humaine de son protagoniste. Une œuvre élégante et profondément troublante, dont la réflexion sur l’identité et la responsabilité demeure saisissante, mais dont l’abstraction calculée limite légèrement l’émotion immédiate.
Monsieur Klein montre qu'en temps de crise, l'indifférence est une complicité - et pas une neutralité - qui finit toujours par se retourner contre celui ou celle qui la pratique. Ce film démontre avec force que fermer les yeux sur le malheur des autres fait de nous les rouages silencieux d'un système barbare. Un film qui bouscule les consciences.
"Monsieur Klein" est un film plutôt étrange où son personnage pris dans une sorte de piège va provoquer spoiler: sa propre perte à force de vouloir en éclaircir les mystères . C'est un film assez lent mais fascinant, à la limite même du fantastique tant l'histoire pose de questions. Au-delà de cela, de belles thématiques sont développées sur les profiteurs de guerre, l'indifférence aux persécutions dont des minorités peuvent être les victimes. Un très bon film de Joseph Losey avec un Alain Delon au sommet de son art.
Monsieur Klein est un marchand d’art passablement cupide, et assez indifférent aux mesures anti-juives prises par le gouvernement de Vichy. Jusqu’à cet hiver 1942 où il apprend qu’un homonyme juif a usurpé son identité pour échapper à la persécution. Suit l’enquête quasi-policière qu’il mène pour retrouver cet homme. Il lui manque un papier pour prouver sa non-judéité. Le plus beau moment de ce grand film est le gros plan sur le visage de Delon qui exprime sa solidarité compassionnelle, mais mortifère…
Pas bien aimé ce spoiler: final en queue de poisson un peu frustrant . J'ai apprécié le scénario qui monte en tonalité petit à petit. On découvre un personnage profiteur de la situation "juive" et qui peu à peu se retourne contre lui jusqu'à l'inévitable.
Sous l'Occupation -durant la Collaboration, devrais-je dire, puisqu'on ne voit aucun allemand mais beaucoup de policiers français...- Monsieur Klein dépouille avec prévenance des juifs obligés de brader leurs biens. C'est un bourgeois, un profiteur de guerre, totalement indifférent au sort des juifs jusqu'au jour où ,simple méprise ou machination, spoiler: il devient lui même un juif sous la menace.
Monsieur Klein découvre, au cours d'une errance qui constitue l'essentiel du récit, le malheur d'une communauté vis à vis de laquelle il clame son innocence, l'innocence étant, en cette période, de n'être absolument pas juif. Jusqu'à douter de lui-même. Le film de Joseph Losey n'est pas seulement comme une fable tragique où un homme subit la punition de ses victimes; le caractère irrationnel de la mise en scène, presque kafkaien, entraine une réflexion complexe et métaphysique sur la notion d'identité. Implacable et sombre, l'intrigue condamne Klein, bon français dans la "norme", à un sort peut-être dramatique. Les scènes d'ouverture et de dénouement, qui présentent Monsieur Klein dans un état puis dans l'autre, sont puissantes et cruelles. La composition d'Alain Delon est brillante, comme l'est la mise en scène de Losey.
Alain Delon est d'une sobriété rare pour interpréter ce Dandy marchand d'art, pris pour un homonyme juif à une époque où une rafle se prépare. L'intrigue originale et sujette à rappeler les heures sombres de l'histoire, ainsi que l'interprétation d'Alain Delon ont participé à son 1er César.
La dernière image ? Le Vel d'Hiv, cette longue séquence qui glisse imperceptiblement de la ville, de la rue vers l'atmosphère carcérale d'un train de marchandises, ou de transport de bêtes. Ce qui renvoie parfaitement à la séquence inaugurale où l'on scrute dans les traits et maxillaires d'une femme le signe, la preuve indubitable de sa judaïté qui la condamnerait de fait.
La grande force de ce film est avant tout sa matière sombre et presque fantastique, son atmosphère puissamment Kafkaïenne (on pense au Procès, ou à Invitiation au supplice de Nabokov). sa radiographie du double, et d'une forme de folie qui en découle chez le personnage principal, avec l'obsession qu'il se cheville au corps pour son autre moi, cette humanité perdue, celui qu'il aurait pu être ou devenir... Une idée fixe qui l'amène à fréquenter les mêmes lieux, à séduire les mêmes fréquentations, adopter le même chien, embarquer dans le même train de la mort.... Le film aurait d'ailleurs pu s'intituler Le deuxième homme tant on peut penser parfois au chef-d'oeuvre de Carol Reed.
Décidément Joseph Losey est un très très grand réalisateur. Il me rappelle ici le Roman Polanski à ses plus grandes heures. Quant à Delon, avec le recul, je me demande s'il ne tient pas là son plus grand rôle. Magnifique, flambeur, vénal, retors puis fragile, touchant, curieux, obsessionnel et pour finir complètement fou !
Meilleur role pour Alain Delon , un film d'ambiance, entre histoire et fantasque même. On se demande si mr Klein n'est pas schizophrène tellement cela difficile de croire à un autre individu Et lorsqu'il a la preuve que cet individu existe dans la foule du veld'hiv pour va t'il jusqu'à se retrouver dans le train qui l'emporte vers la mort ??? Un film déroutant qui ne laisse pas indifférent, empli de vérité sur le Paris de l'époque.
j'avais vu ce film il y a très longtemps à la télé et je n'en avais qu'un vague souvenir. Je viens de le revoir en salle à l'occasion d'une rétrospective Delon, et le film m'a scotché. Le voir sur grand écran ajoute sans doute de la puissance mais je m'en veux de n'avoir pas été happé par le film à ma première vision. Ce film étant évoqué comme l'un des meilleurs films de l'acteur lors de sa mort, c'est celui que j'ai choisi de revoir et je ne le regrette pas. L'ambiguïté du personnage de M. Klein est fascinante : de la veulerie écœurante à l'héroïsme (involontaire ?), on a du mal à le saisir, si bien qu'il incarne à merveille les ambivalences de la période trouble de l'occupation nazie à Paris. L'ambiance poisseuse à souhait, la collaboration de la police de Vichy dans la shoah, la bêtise ordinaire de l'antisémitisme, l'angoisse sourde qui monte progressivement, tout tout ceci est évoqué avec brio par la subtile mise en scène et un scénario sur le fil du rasoir, avec un Delon magnétique. Une belle redecouverte pour moi, et je pense un film à voir absolument pour ceux qui ne l'ont pas vu, surtout dans la période actuelle en France, marquée par la montée de périls similaires à ceux des années 1930-40.